Résumé
Une entreprise ferme soudainement ses portes et prend de
vitesse ses salariés les jetant dans le désarroi et la désolation ; des
syndicats se mobilisent pour résister à cette fermeture aussi brutale
qu’inopinée ; l’État se déclare impuissant face à une telle situation...
... la même entreprise ouvre ses portes dans une autre région du monde,
déclenche par une sorte de bouche à oreille la ruée de nombreuses personnes
vers cet établissement pour y être embauchées. À première vue, il s’agit d’une
opération économique de déplacement d’une entreprise vers d’autres territoires
censés satisfaire à sa rentabilité dans un environnement concurrentiel. Loin de
se limiter à cette explication, Brahim Labari
interroge les délocalisations d’entreprises françaises au Maroc comme un
phénomène multidimensionnel obéissant au « temps long », c’est-à-dire
à la spécificité des rapports franco-marocains depuis les conquêtes coloniales.
Il entreprend d’identifier la figure néocoloniale du patron délocalisant,
amoureux du Maroc mais enclin à tirer parti des avantages de service que lui
offre le contexte social local. Il décrypte et analyse, dans un style piquant
et parfois anecdotique, le monde du travail au sein de ces entreprises, la
mobilisation de la religion comme mode de management et les résistances
ouvrières, notamment féminines, à la lourdeur et à la pénibilité du travail. En
somme, l’ouvrage rompt avec la lecture exclusivement économique des
délocalisations et invite à une appréhension socio-anthropologique du
phénomène.
Brahim Labari est titulaire d’un
doctorat de sociologie à l’université Paris X Nanterre. Membre du laboratoire
CNRS « Genre, Travail et mobilités », ses travaux portent sur le
processus de la mondialisation, sur la sociologie du travail, de l’entreprise
et de l’interculturel.