Colette
Bec, De l’Etat social à l’Etat des droits
de l’homme ?, Presses universitaires de Rennes, coll. « Res Publica », 2007, 237 p.
Beaucoup a été dit sur l’offensive économique du « grand tournant
néolibéral » et ses conséquences sur le système de protection
sociale : réduction des sécurités, retour de la vulnérabilité sociale… On
a beaucoup moins souligné ce que l’on peut appréhender comme l’autre face de ce
phénomène : l’irruption dans le champ des politiques sociales de la
philosophie des droits de l’homme dont la notion centrale de dignité est en
passe de devenir le nouveau référentiel. Elle est au principe des changements
qui affectent l’Etat social sous les coups de l’économisme ambiant. La visée
organisatrice de la société, l’ambition d’une émancipation individuelle et
collective qu’il portait, laissent place à une visée correctrice des
« défaillances » du marché. Sa source de légitimité est désormais
moins puisée dans un projet politique de « faire société » que dans
une volonté affichée, revendiquée d’attribuer des droits à des individus qui
paraissent de plus en plus affranchis des exigences du collectif. Telle semble
être la mutation majeure qu’a connue l’Etat social depuis les trois dernières
décennies.
Le présent ouvrage entend prendre la mesure de ces mutations à partir
des transformations du droit du travail dans ses deux fonctions, celle de
codification des relations professionnelles et celle de facilitation d’accès au
marché du travail via les politiques de l’emploi. Au-delà, c’est à une réflexion
sur la place du droit dans notre société, sur ses usages politiques et sociaux,
que l’auteur nous convie.