Appel à communications du GT 1

Savoirs, métiers, identités professionnelles

 

 

I. Thématique générale du GT 1

 

Le groupe de travail “Savoirs, métiers, identités professionnelles” de l’AISLF a placé au coeur de sa réflexion la question des formes de production, de transmission et de mise en œuvre des savoirs dans le monde professionnel. Articulant des dimensions “instrumentales” et des dimensions symboliques et culturelles, les métiers, les professions, les catégories professionnelles, sont ainsi appréhendés comme des groupements sociaux dont les membres sont liés par le partage de formes spécifiques de connaissance, mais aussi par des intérêts communs, des valeurs et normes de comportement qui forment le support de l’identité collective et leur permettent de fonctionner comme des instances de socialisation.

 

Ces groupements peuvent être dans les faits hétérogènes, conflictuels, contradictoires, anomiques. La réalité sociale qu’ils représentent n’est peut-être pas tant définie par l’intégration qu’ils favoriseraient que par les motifs spécifiques qu’ils impriment sur la trame du changement social. Ils n’échappent ni aux tensions engendrées par les inégalités entre hommes et femmes, ni à celles que provoquent les formes historiques ou contemporaines de discrimination et ségrégation professionnelle, le racisme, la xénophobie, le repli communautaire. Confrontés à la déstabilisation des marchés du travail, aux concurrences exacerbées par la mondialisation, aux nouvelles formes de management et de rationalisation du travail, ils ne peuvent empêcher les solidarités professionnelles de s’affaiblir. Les métiers et les savoirs professionnels peuvent également disparaître, succombant aux contraintes techniques et économiques, pendant que d’autres émergent et élaborent des savoirs nouveaux, des référents communs, des attentes et revendications spécifiques.

 

« Traditionnelles » ou «high tech», artisanales ou industrielles, manuelles ou intellectuelles, puissantes ou marginales, sommairement organisées ou sophistiquées, présentes ou disparues, toutes les formes de groupement en métier, partout dans le monde, constituent, au-delà de leur diversité, des facettes d’un phénomène social complexe et dynamique, objet commun des recherches dont le GT 1 entend favoriser la circulation et l’échange.

 

 

 

II. Problématique du colloque

 

 

Pour s’accorder au thème retenu par l’AISLF, le GT 01 se propose d’axer les sessions qu’il organise autour d’une question centrale, celle des relations entre, d’une part, les dimensions culturelles « internes », spécifiques des métiers et groupes professionnels, et, d’autre part, les référents culturels « externes », caractéristiques de la société dont ils font partie, voire de formes plus globales disséminées à travers de grandes aires culturelles ou même à l’échelle mondiale.

 

Cette perspective implique d’interroger aussi bien la capacité des groupes professionnels à créer, entretenir, transmettre des connaissances, des valeurs, des représentations qui leur  soient propres, que la nature des liens qui les attachent à la société qui les entoure. Les cas de figure peuvent s’avérer extrêmement variés, et éventuellement très éloignés du postulat selon lequel les groupes professionnels seraient des « instances intermédiaires » d’intégration des individus à la société globale. La dimension internationale de l’AISLF ne peut qu’amplifier cette diversité en donnant à voir tantôt des professions se pensant comme des fers de lance de la modernité dans des sociétés traditionnelles, tantôt des communautés professionnelles tentant de sauvegarder leurs savoirs et valeurs face aux normes dominantes et à la globalisation.

 

Parmi la multitude d’approches possibles, le GT 01 a privilégié cinq domaines :

 

 

1)    Les cultures de métier

 

 

Dans quelle mesure les groupes professionnels contemporains produisent-ils des formes spécifiques composant ce qu’on appelle une culture de métier ? quels sont les contenus de ces cultures de métier : des savoirs techniques et scientifiques ? un savoir-faire plus ou moins incorporé, un ethos professionnel avec des normes morales et déontologiques ? des particularités langagières ? une esthétique, un « goût » professionnel différencié du « goût » profane ? une vision du monde qui leur est propre ? une relation singulière avec un type de public ou de clientèle ?

 

Jusqu’à quel point ces références sont-elles unifiées et partagées au sein du cercle des professionnels ? de quelle façon sont-elles liées à des clivages et hiérarchisations internes au groupe professionnel ? Quels sont les facteurs de transformation qui les affectent ?

 

 

2)    Groupes professionnels et lien social : ségrégations, discriminations, préférences  … et formes de résistance

 

 

Loin de former toujours une « communauté dans la communauté », les groupes professionnels ont pu se trouver mêlés à des formes historiques d’exclusion et de ségrégation. Les heures sombres de la guerre et l’occupation sont marquées en France par des actes de résistance (dont l’analyse en termes d’inclination à résister ou de capacité à le faire efficacement de la part des êtres collectifs que sont les groupes professionnels reste grandement à développer), mais aussi par la mise en œuvre, avec la coopération ou le consentement plus ou moins actif de bien des organisations professionnelles, de lois racistes instaurant l’exclusion, la révocation, l’interdiction d’exercice des métiers pour les juifs, les étrangers, les francs-maçons… De même, la ségrégation des emplois ou fonctions a pu constituer une partie intégrante de régimes ouvertement racistes dont l’existence s’est prolongée pendant une grande partie du XXe siècle aux Etats-Unis et plus encore en Afrique du Sud. Les régimes coloniaux se caractérisent eux aussi par des discriminations en matière de formation et d’emploi dont les traces restent encore bien visibles.

 

Sous des formes plus discrètes, les probabilités d’entrée dans les métiers et la distribution des chances d’occuper en leur sein une position donnée dans la hiérarchie professionnelle, ne sont nullement indifférentes à des « propriétés » telles que le sexe, l’âge, la nationalité, la couleur de peau, la religion, l’origine sociale.

 

Les travaux sur le genre, de plus en plus nombreux, montrent clairement que la mixité ne signifie pas nécessairement égalité professionnelle ni abolition de tous les plafonds de verre. Ils incitent également à chercher les sources de discrimination dans des « préférences » et des anticipations souvent tacites, mais parfois explicitement rapportées aux pratiques professionnelles. Max Weber montrait comment les banquiers pouvaient interpréter l’appartenance à une secte protestante comme un gage de fiabilité des emprunteurs : qu’en est-il de nos jours de ces « préférences » (ou leur contraire, les évitements) dans les pratiques professionnelles ? de quelle façon se greffent-elles sur les cultures de métier ? quelles catégories de population tendent-elles à distinguer pour les privilégier ou les écarter ? quels sont les moyens de les objectiver ?

 

Cette question prend une signification particulière dans les pays du Sud, lorsqu’il est question du secteur dit « informel ». Les analyses des organisations internationales évoquent par exemple souvent l’absence de barrières à l’entrée dans ces métiers. Pourtant, le travail de terrain montre que les barrières non financières à l'entrée dans les activités informelles ne manquent pas, à commencer par la plus importante, la difficulté à pénétrer dans un réseau : communauté de caste ou de religion ; communauté d'origine géographique; communauté ethnique ou de parentèle, mais aussi réseau de voisinage, solidarité politique, relations de clientèle...

 

A côté de ces figures « négatives » du fonctionnement social des métiers, il convient de se pencher également sur leur opposé : les formes de solidarité, l’intégration des étrangers, des minorités, toutes les formes de lutte contre les discriminations menées au sein des groupes professionnels, ainsi que sur les liens qui peuvent exister entre certains métiers et l’engagement contre la xénophobie, le sexisme, les discriminations sexuelles ou racistes.

 

 

 

3)    Cultures de métier et organisations

 

 

De longue date, la sociologie des professions a souligné les tensions existant entre la logique professionnelle et celle des organisations : la fidélité envers les valeurs professionnelles et l’attachement aux règles du métier peuvent entrer en conflit avec les exigences de la hiérarchie et les intérêts de l’entreprise. Les réflexions plus récentes évoquant les menaces envers le professionnalisme que constituent le marché et le « managérialisme » (Freidson) incitent à tenter un renouvellement de cette question à la lumière des travaux récents en sociologie des groupes professionnels, mais aussi en sociologie des organisations ou de la gestion. Les politiques de gestion des ressources humaines tendent-elles toujours à limiter l’autonomie des professionnels ? quelle place font-elles aux logiques et aux identités de métier ? de quelle façon les cultures de métier sont-elles articulées aux référents collectifs de l’organisation ou l’entreprise, en particulier lorsque ces dernières se lancent dans la formulation de principes éthiques ou de responsabilités sociales ? Comment interpréter les cas de « professionnalisation par le haut », lorsque c’est l’Etat ou l’employeur qui prend l’initiative de créer des métiers ou domaines d’activité nouveaux ? comment les acteurs construisent-ils alors leur identité professionnelle ?

 

La diffusion des normes et de la culture managériale se traduit parfois par une reconfiguration de métiers. Ainsi, dans les établissements de santé, les « surveillantes » se transforment en « cadres », de même que les « éducateurs-chefs » deviennent des cadres du secteur sanitaire et social. Quelle est l’étendue et la signification pour les cultures de métier de ces changements liés aux formes modernes de management ? Comment les cultures de métier et les organisations professionnelles des sociétés traditionnelles font-elles face à l’emprise du « nouvel esprit du capitalisme » ?

 

Certains « mondes sociaux » (par exemple, dans l’art, le sport, la « com », les technologies de l’information, la recherche scientifique, l’humanitaire, la politique) sont dominés par le partage de valeurs et références communes qui tendent à reléguer au second plan ou à nier les différences entre professionnels et « amateurs », « pratiquants », « militants » ou « bénévoles », ou encore entre salariés  et employeurs. Quelles tensions ou correspondances ces processus font-ils naître entre la logique professionnelle et la culture du « monde social » ?

 

 

 

4)    Les risques des métiers

 

 

Les liens entre les groupes professionnels et la société globale peuvent également être approchés sous l’angle du risque, au sein duquel on distinguera deux versants : d’un côté, les professionnels ont pour fonction de prendre en charge une catégorie donnée de risques et d’assurer ainsi une protection de l’ensemble de la société, mais de l’autre, leur activité est également génératrice de risques de diverse nature, soit en cas de faute ou erreur, soit du fait du déroulement normal de leur activité. Ils peuvent être les premières victimes des risques dits « professionnels ».

 

Les cultures professionnelles jouent un rôle central dans la manière dont sont définis et appréhendés les sources de danger : elles peuvent les ignorer, les banaliser, les mettre en avant pour valoriser leur mission (pompiers, soldats), pour revendiquer des indemnisations (ouvriers du nucléaire, de la chimie ou du bâtiment), ou simplement les calculer (assureurs, ingénieurs) ou les gérer (financiers). Les communications attendues sous ce thème devront éclairer les processus par lesquels les cultures de métier façonnent, reflètent et transforment l’appréhension des risques et des accidents liés à l’activité professionnelle, soit au sein du cercle des professionnels, soit en direction des clients, des employeurs ou du public.

 

 

 

 

 

 

5)    Les métiers et le sacré

 

 

Le point culminant de l’articulation entre la culture de métier et les grands référents culturels de la société globale est certainement atteint lorsque le métier touche à la sphère du sacré. Ici encore, les cas de figure se présentent en deux grands ensembles : d’une part, une place spécifique doit être faite pour l’approche de ceux dont l’activité professionnelle consiste à administrer les biens du salut, sous les formes les plus diverses (gourous, sorciers, guérisseurs, chamanes, prêtres, imans, pasteurs, popes) ; d’autre part, tout métier peut permettre à ses praticiens de revendiquer l’accès à une part de sacré, ne serait-ce qu’en veillant à tenir à distance les « profanes ».

 

Selon la première voie d’approche, on insistera sur les formes spécifiques de professionnalisation ou de déprofessionnalisation observables dans les religions et communautés de croyants des sociétés contemporaines : de quelle façon se règle le partage entre tâches réservées aux professionnels (la notion de « clôture » reprenant ici son sens premier) et tâches ou fonctions accessibles aux fidèles ? La deuxième voie ouvre la porte à un usage plus métaphorique ou analogique de la référence au sacré. Elle peut s’appuyer non seulement sur l’étymologie de termes tels que profession ou métier, mais aussi sur le truchement offert par le langage de la vocation. Lorsque de nombreux praticiens d’un métier insistent sur l’existence d’une vocation, sur la nécessité de l’avoir pour pouvoir l’exercer ou pour supporter ses contraintes, ne se trouve-t-on pas en présence d’une conception essentialiste de l’identité individuelle en résonance avec l’idée d’un créateur dont il s’agit d’accomplir la volonté ?

 

Bien entendu, l’objectivation des conditions sociales d’émergence et de développement de ce sentiment d’être « fait pour exercer ce métier » peut conduire à des considérations plus matérialistes, de même qu’on peut montrer que le recours à la notion de vocation de la part de la hiérarchie ou des employeurs sert souvent à faire accepter des conditions de travail, d’emploi ou de rémunération peu acceptables sans cette justification.

 

En sens inverse, on peut chercher à faire briller l’aura de réminiscences magiques et religieuses qui restent attachées aux traditions et cultures de métier. On peut également mettre en évidence la symbolique verticale dont elles sont souvent porteuses, opposant ce qu’elles placent très-haut, c'est-à-dire ce qu’elles sacralisent au sens durkheimien du terme, et ce qu’elles représentent comme très bas et qu’en quelque sorte, elles diabolisent.

 

 

 

III. Organisation du congrès

 

 

Les propositions devront être envoyées sous la forme d’un résumé en remplissant la fiche jointe à cet appel. Le comité scientifique les examinera et informera les auteurs de sa décision. Les auteurs des propositions retenues devront envoyer le texte final à l’adresse et la date indiquées ci-dessous.

 

 

Format des communications

 

Les textes ne devront pas dépasser 6000 mots, notes et bibliographie comprises. Ils seront sauvegardés en format Word, rtf ou Pdf.

 

Calendrier

 

 

Juin 2007 : envoi des appels à communications

30 septembre 2007 : date limite de réception des résumés

30 Octobre 2007 : sélection des propositions et information des auteurs

30 Mai 2008 : date limite d’envoi des textes

 

 

Adresse pour l’envoi des résumés et des propositions

 

sophie.divay@wanadoo.fr

 

 

Comité scientifique

 

Sophie Divay, Céreq-Matisse, Centre d’Economie de la Sorbonne, Paris 1

Charles Gadea, Printemps, Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines

Hocine Khelfaoui, CIRST, Montréal

Jean-François Orianne, GIRSEF/Université Catholique de Louvain

Christian Papinot, ARS, Université de Brest

Grazia Scarfó-Ghellab, Ecole Hassania des travaux publics de Casablanca

 

 

 

Pour les questions d’hébergement et inscription au congrès consulter le site de l’AISLF

 

http://w3.univ-tlse2.fr/aislf/spip/index.php


PROPOSITION         DE  RESUME

GT 1

 

Thème de la session pour laquelle la communication est proposée :

 

Nom

Prénom

Etablissement d’appartenance

Adresse postale

Adresse électronique

Titre de la communication :

 

Texte du résumé (ne pas dépasser ce cadre ni cette page, police Times New Roman 12)