Appel
à contribution Temporalités n° 6
« Transmissions »
On parle beaucoup, ces temps-ci, et
sous de nombreuses formes, de « transmission » : le retour des
ambitions concernant l’éducation civique ; la mise en cause de parents
auxquels on reproche leurs défaillances éducatives ; les préoccupations au
sujet des savoir-faire et des cultures professionnelles, dans des
environnements économiques et techniques en transformation rapide, sont autant
de situations récentes où l’on a vu s’exprimer des discours sur cette question.
Au-delà de cette actualité, les
interrogations sur les enjeux, les possibilités et la légitimité des
transmissions sont posées, qu’il s’agisse de « faire passer » des
valeurs et des expériences privées (biographies individuelles), de préserver la
mémoire collective de groupes particuliers — qu’ils soient politiques,
professionnels ou culturels — ou encore de transmettre des valeurs politiques à
partager par l’ensemble des citoyens. Comment s’expriment les conflits autour
cette question ?
Avec cet appel à contribution, nous
voudrions croiser les approches et les questionnements de différentes
disciplines des sciences humaines et sociales (sociologie, psychologie sociale,
anthropologie, science politique, linguistique ou histoire…). Les auteurs sont
invités à interroger la notion et à développer des approches empiriques et
originales permettant d’aborder, à chaque fois dans un contexte spécifique,
comment les transmissions s’opèrent.
Pour lancer le débat, nous proposons
une description provisoire de la notion comme étant
la communication d’un jeu constitué de
normes, de savoir-faire, de méthodes ou de valeurs depuis un destinateur,
individuel ou collectif, qui les détient ou est censé les détenir, jusqu’à un
destinataire supposé ne pas les posséder.
Dans une perspective sociologique, par
exemple, il faudrait s’attacher à caractériser les acteurs, les techniques associées
à la transmission, selon leurs formes plus ou moins
contraignantes et délibérées, les contenus
eux-mêmes et les contextes (historiques,
politiques, sociaux…). La sélection des destinataires ne fabrique-t-elle pas de facto des non-destinataires
— pour quels enjeux ? Peut-on se soustraire à la transmission ?
Y a-t-il des destinateurs potentiels qui estimeraient n’avoir rien à transmettre ?
Quels sont les facteurs sociaux, historiques ou spatiaux en jeu dans cette
dynamique ? Quel est l’impact d’événements familiaux (divorce, décès) ou
historiques (guerre, génocide) sur les projets de transmission ?
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Pour ce numéro de Temporalités nous sollicitons des chercheurs de différentes
disciplines qui pourront interroger cette notion au sein de leur propre champ.
Comment questionner cet usage très général — et peut-être nouveau — du terme
« transmission » dans toutes ses acceptions actuelles ?
A cette exigence de problématisation,
nous ajouterons celle d’une perspective commune, dans l’esprit de la
revue qui met l’accent sur la dimension
temporelle du processus — supposant un « temps long » voué à la
constitution des savoirs à transmettre, à leur évolution nécessaire, à leur
pérennisation ; mais aussi un « temps court », impliquant
néanmoins la mise en œuvre d’un projet tourné vers l’avenir, et voué à la
transmission elle-même. Par ailleurs, la transmission suppose, par définition, une emprise du passé sur les actions
présentes et sur les projets d’avenir. Mais l’ampleur et la nature de cette
emprise, font aussitôt débat puisqu’il s’agit de déterminer, au cas par cas,
les priorités que l’on accorde à chacun de ces trois moments.
Transmettre, sera-ce dès lors conserver
la tradition, imposer le passé comme dispositif de soumission, ou au contraire
éduquer à la liberté — envisager le passé comme
héritage à faire fructifier ? Y a-t-il des moments et des lieux où la
réactivation du passé serait ressentie ou prônée comme urgente et
nécessaire ? Existe-t-il aujourd’hui un « besoin de
transmission » ? Qui en parle, et à quelles fins ?
Telles sont
quelques-unes des questions que nous voudrions voir abordées par nos
contributeurs. On pourra se pencher sur la perception qu’ont les destinateurs
des savoirs, ou de la « mémoire » à transmettre, avec leurs attentes
de résultats escomptés ou réels ; sur le déroulement des projets de
transmission, avec leurs atermoiements, leurs regrets ou leurs satisfactions ;
sur les négociations entre partenaires (conjoints, collègues, militants) ;
et à l’inverse, sur les attentes, les résistances ou les bienveillances des
destinataires — qu’ils soient ou non demandeurs. Les domaines d’investigation des
transmissions sont multiples : la famille, le monde du travail, l’école ou
les diverses instances de l’engagement politique (partis, syndicats,
associations) soulèvent chacun des questionnements spécifiques autour de la
notion, que ce numéro thématique permettra de croiser.
Nous proposons aux auteurs de nous
faire parvenir un résumé d’environ 2000 signes pour le 20 septembre 2006. Une
première sélection sera faite à partir de ces résumés en privilégiant la
variété des champs de recherche, et leur articulation avec la question de la
temporalité.
Beate Collet – en délégation CNRS
accueillie au laboratoire Printemps (CNRS/Université Versailles Saint Quentin
en Yvelines)
Barbara Rist – Laboratoire Lise (CNRS/CNAM)