"L'interprétation", Sociologie de l'art - OPuS (date
limite 31 octobre 2006).
Appel à contribution
Les compréhensions d’un film, d’un livre, d’un
tableau, ou même d’un article de presse, sont très souvent distinctes. Il
s’agit là d’un fait que chacun a expérimenté fréquemment, le plus souvent avec
surprise : il nous semble toujours étrange que d’autres ne comprennent pas
comme nous comprenons. La sociologie du goût construite par Bourdieu et ses
élèves a été une tentative de réponse à cette difficulté : l’acte de
comprendre dépendrait de nos goûts qui eux-mêmes dépendent de nos habitus ;
chaque habitus est responsable d’un type de compréhension, et les différences
constatées ne sont que la traduction de différences sociales. Une autre réponse
à cette la question est la théorie de la « réception » : les
messages seraient plus ou moins bien compris selon les compétences des
destinataires ; d’où la nécessité d’une pédagogie des textes, des films ou
de télévision qui nous apprendrait à recevoir convenablement le sens de ces
derniers.
Sociologie du goût et théorie de la réception
envisagent l’acte de comprendre comme un acte « passif » : soit il
est déterminé par un habitus, soit il est enregistrement d’un sens déjà acquis.
Mais toutes deux se heurtent à des contradictions. D’une part, on observe des
différences de compréhension de la part d’individus « formés » par ou
dans le même habitus ; d’autre part, la variété des interprétations ne
peut pas être appréhendée à partir d’un degré plus ou moins grand de fidélité
par rapport à un sens initial fixé. Il est donc sans doute temps aujourd’hui,
comme nous y invitait d’ailleurs déjà la sociologie compréhensive et l’herméneutique
moderne, de considérer la compréhension comme un acte d’interprétation, c’est-à-dire comme une activité à part
entière, dépendante de facteurs différents.
Nous nous proposons dans ce numéro d’explorer
l’activité interprétative et ses paramètres. L’énumération suivante propose
quelques pistes et quelques questions à cette fin :
–
Le
contexte (le champ, le monde, etc.) de cette activité est sans doute l’un des
facteurs décisifs de l’interprétation ; quel rôle le statut de l’objet
dans ce contexte joue-t-il dans l’interprétation ?
–
Il
doit être distingué du groupe social (la famille, l’école, etc.) à l’intérieur
duquel l’interprétation a lieu, et qui comprend ses destinataires ;
doit-on alors considérer que l’interprétation est une activité
collective ? Quelles contraintes ce cadre exerce-t-il sur l’activité
interprétative ?
–
La
culture (l’identité, l’habitus, etc.) des interprètes est évidemment un facteur
important ; comment mobilise-t-on ses connaissances pour interpréter ?
–
L’objet
(film, livre, tableau, etc.) guide sans aucun doute l’interprétation ;
comment s’établit le « dialogue » entre l’objet et
l’interprète ? Et comment l’objet « ressort » de l’interprétation ?
–
Comment
opère exactement l’interprète ; par quelles opérations passe-t-il ?
–
Enfin,
quelle est l’efficacité sociale de l’activité interprétative sur les
interprètes, les objets et les mondes sociaux dans lesquels ils
s’inscrivent ?
Cette liste non limitative qui tourne autour des
médiations de l’interprétation, d’une part, et de son processus, d’autre part,
peut servir de guide aux propositions que nous serons heureux de recevoir.