L’essor
de la communication politique via internet, mais aussi par SMS,
constitue un des phénomènes émergents ces dernières années. Internet est en
passe de devenir en Europe un media de masse, avec près de 50% de la population
utilisatrice. Cet outil est de plus en plus utilisé pour informer, débattre et
mobiliser politiquement, comme en témoigne par exemple la campagne sur le Traité
constitutionnel européen (Ghitalla et Fouetillou, 2005).
Si l’internet citoyen fait l’objet de travaux francophones relativement nombreux (Granjon, 2001 ; Jauréguiberry et Proulx, 2003 par exemple), les usages partisans de l’internet ont jusque là moins attiré l’attention des chercheurs de langue française, à quelques exceptions près (Ollitrault, 1999 ; Serfaty, 2002 ; Revue Mots, 2006), tandis que les travaux anglo-saxons se multipliaient depuis la fin des années 1990 (Davis, 1999 ; Kamarck et Nye, 2002 ; Gibson, Nixon et Ward, 2003). En effet, qu’il s’agisse de la création de sites internet ou de blogs, de campagnes en ligne ou de l’ouverture d’espaces de discussion, les partis politiques apparaissent comme des participants actifs du cyberespace, sur lesquels on propose de s’interroger dans le cadre d’un colloque qui se déroulera à Nancy en juin 2007, juste après les campagnes présidentielle et législatives françaises.
Ce
colloque vise à cerner de plus près comment l’internet, et plus globalement les
technologies de l’information et de la communication sont
appropriées/réappropriées par différents acteurs et réseaux partisans, et
affectent éventuellement les modalités de la mobilisation partisane, les
positions des acteurs et le fonctionnement interne des organisations
politiques.
Divers
axes de discussion pourront être développés, parmi lesquels :
1)
Les spécificités et l’efficacité de la communication partisane par le biais des
TIC, en et hors campagne électorale : celle-ci est-elle différente d’autres modalités de communication
partisane (presse du parti, tracts et programmes etc) ou des interventions sur
d’autres médias (télévision, presse écrite, radio) ? Quelle place tient la
communication sur internet dans les stratégies de campagne des partis ?
Ces « nouvelles » formes de communication sont-elles efficaces, quels
sont leurs effets, aussi bien dans l’électorat que dans les organisations
elles-mêmes ? En quoi favorisent-elles ou transforment-elles les
mobilisations partisanes ?
2)
Les modalités de l’appropriation de l’internet à la fois au sein et à la marge
des partis : quels acteurs sont
à l’origine du développement des TIC dans les organisations partisanes, comment
celui-ci s’effectue-t-il ? Quels sont les moyens financiers,
organisationnels ou symboliques mis en oeuvre ? En quoi les
« cultures d’institutions » interviennent-elles dans l’appropriation
et les usages sociaux et techniques des TIC ? Plus largement, quelles sont
les spécificités sociologiques des usagers de l’internet partisan, quel est
leur degré d’implication ? Qui sont les citoyens qui participent à la
production de sites partisans – notamment locaux – ou aux discussions sur les
forums des partis ? Faut-il considérer les « net-activistes »
partisans comme des militants du monde réel passés au virtuel (Norris, 2001),
ou comme des internautes éloignés des structures collectives (Putnam,
2000) ?
3)
Les transformations des organisations internes permises par les usages des
TIC : en quoi ceux-ci
peuvent-ils favoriser (ou pas) une remise en question du travail politique
effectué au sein des partis ? En quoi peuvent-ils soutenir la constitution
ou le maintien de réseaux spécifiques ? Nombre d’hypothèses demandent à
être vérifiées dans ce domaine, concernant le recours aux intervenants extérieurs
pour les activités de communication partisane, les modifications éventuelles
des relations entre structures nationales et structures locales, la visibilité
plus grande des minorités partisanes, la « dématérialisation » des
congrès... On peut également s’interroger sur la définition des frontières des
organisations, les TIC constituant un outil d’intégration des sympathisants,
des non-membres. Enfin, on peut se demander dans quelle mesure l’essor des
technologies de l’information et de la communication accompagne des évolutions
débattues ces dernières années concernant les partis politiques, telles que la
professionnalisation politique et le recours aux experts (think tanks,
conseillers en communication...), la tendance à la cartellisation (Katz et Mair,
1994 ; Aucante, Dézé et Sauger, 2006) ou le déclin du nombre d’adhérents.
4)
Le lien entre les usages partisans des NTIC et les valeurs qui les
sous-tendent : quels discours
sur le rôle des partis et les transformations de la démocratie accompagnent-ils
les usages des TIC au sein des organisations partisanes ? La sensibilité à
certains outils (le logiciel libre, par exemple) s’appuie-t-elle sur des
valeurs spécifiques? Les acteurs partisans considèrent-ils les TIC comme une
voie possible de (re)légitimation des partis politiques, ou comme des outils
aboutissant à une démocratie
« dépersonnalisée », technicisée ? Il s’agit ici d’évaluer dans
quelle mesure les « mythologies » de l’internet imprègnent les
organisations politiques, et orientent éventuellement leur action.
Les
propositions, d’une page, sont à renvoyer pour le 10 janvier 2007. Les
approches comparatives seront particulièrement appréciées. Ces journées sont
ouvertes à l’ensemble des chercheurs en sciences humaines et sociales, sans
exclusive disciplinaire.
Organisation
:
Fabienne
Greffet, Maître de conférences en science politique à l'Université Nancy 2,
équipe IRENEE, Chercheure associée au Pacte-CNRS
(Fabienne.Greffet@univ-nancy2.fr)
Ludivine
Laurent, Ingénieure d'études IRENEE (Ludivine.Laurent@univ-nancy2.fr)
Comité scientifique:
Christophe
Bouillaud, Professeur de science politique à l'Institut d’Etudes Politiques de
Grenoble, représentant de l'UMR-Pacte
Hélène
Combes, Chercheure en en science politique, CNRS-CRPS Paris 1, représentante
du GEOPP-AFSP
Béatrice
Fleury-Vilatte, Professeure de sciences de l’information et de la communication
à l'Université Nancy 2, Chercheure au CREM de l'Université de Metz
Jacques
Gerstlé, Professeur de science politique à l'Université Paris 1, Chercheur au
CRPS
Rémi
Lefebvre, Professeur de science politique à l'Université de Reims, Chercheur au
CERAPS-Lille 2
Laurence
Monnoyer-Smith, Maître de conférences en sciences de l’information et de la
communication à l'Université Technologique de Compiègne, Chercheure au
laboratoire Costech
Paul
Nixon, Senior Lecturer in European Studies à l'Université de la Haye
Viviane
Serfaty, Maître de conférences en études américaines à l'Université de
Marne-la-Vallée, Chercheure à IMAGER-Université Paris 12 et Chercheure associée
au GSPE-IEP de Strasbourg
Thierry
Vedel, Chercheur en science politique, Cevipof-FNSP, représentant du réseau
DEL-CNRS
Merci
de renvoyer votre proposition à Fabienne.Greffet@univ-nancy2.fr,
en précisant dans quelle thématique du colloque elle s’inscrit.
Notification
de l’acceptation : 1er mars 2007
Remise
des papiers (30 000 signes espaces compris max.) le 15 mai 2007. Une publication des actes est envisagée.
Pour
les contributeurs du colloque, les frais de séjour à Nancy seront pris en
charge par l'équipe IRENEE-Université Nancy 2. Les participants pourront
emprunter le tout nouveau TGV Est (mise en service prévue pour le 10 juin
2007!).