Les approches pragmatiques de l'action
publique
Colloque international, 3 mai 2007
Bruxelles
Organisé par
le Centre
de Recherche en Science Politique (CRESPO) des Facultés Universitaires
Saint-Louis (FUSL), le Groupe de Recherche sur l'Action Publique (GRAP) de
l'Université Libre de Bruxelles (ULB) et le Groupe de Sociologie Politique et
Morale (GSPM) de l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS)
Activité
soutenue par le Groupe de Travail "Action publique" de l'Association
Belge de Science Politique (ABSP-CF)
Activité
(à confirmer) soutenue par l'Ecole Doctorale en sciences politiques en
Communauté française
Conseil
scientifique : Marc Breviglieri (IUT de Paris V et GSPM/EHESS), Fabrizio
Cantelli (FUSL/ULB), Jean De Munck (UCL), Nicolas Dodier (GSPM/EHESS), Abraham
Franssen (FUSL), Jean-Louis Genard (La Cambre/FUSL/ULB), Steve Jacob
(Laval/Canada), Marc Jacquemain (ULG), Guy Lebeer (ULB), Thomas Périlleux (UCL),
Danny Trom (GSPM/EHESS), Luca Pattaroni (EPFL), Olivier Paye (FUSL), Marta Roca
(Genève), Christine Schaut (FUSL), Joan Stavo-Debauge (GSPM/EHESS), Virginie
Tournay (McGill/Canada et CRISTO/PACTE - Grenoble), Danny Trom (GSPM/EHESS), Yannick
Vanderborght (FUSL), Didier Vrancken (ULG), Jean-Marc Weller (LATTS/CNRS),
Nathalie Zaccai-Reyners (ULB/FNRS).
L'action
publique se renouvelle, autant d'ailleurs que les cadres théoriques qui
cherchent à la comprendre et à l'analyser. On ne compte plus les différentes
perspectives qui se développent actuellement dans ce domaine. Les approches stratégiques
et organisationnelles ont déjà été discutées longuement ; les approches
institutionnalistes continuent à influencer nombre de recherches ; les
approches cognitives, par les travaux de Pierre Muller en France, de Peter Hall
en Grande-Bretagne et de Robert Sabatier aux Etats-Unis, ont également été
questionnées et débattues, notamment lors de deux numéros en 2000 et en 2005 de
la Revue française de science politique
; les approches inspirées du choix rationnel n'en finissent pas de se
développer aux Etats-Unis ; les approches néo-institutionnalistes
se diversifient et font l'objet de discussions dans les sciences politiques.
En
complément de ces cadres théoriques existants, l’enjeu de la rencontre consiste
à fédérer un questionnement autour des approches pragmatiques qui s'attellent à
analyser l'action publique. Une constellation de recherches se développe, qui
portent un regard singulier sur l'action publique. Les travaux du Groupe de
Sociologie Politique et Morale (GSPM), à l'EHESS, se trouvent à la pointe de
cette dynamique, avec les figures de Laurent Thévenot, Nicolas Dodier ou Danny
Trom.
Si
cette approche pragmatique recouvre des accents différents, des postures et des
méthodes plurielles, il n'en reste pas moins qu'un "air de famille"
s'en dégage, pour reprendre la formule de Nicolas Dodier. On y retrouve des
recherches au carrefour de la science politique, de la sociologie et de la
philosophie ; on y voit non seulement le recours à des méthodologies qui
permettent de situer le chercheur à proximité de l'action publique en cours de
route, mais plus encore une conception et une théorie de l'action qui ne soit
pas écrasée par un quelconque stratégisme ; on y décèle des réflexions sur le rôle actif des objets dans les
modalités d’accomplissement et les formes de coordination de l'action publique
; on y observe un intérêt pour les enjeux liés aux temporalités dans la
fabrique de l'action publique, à l'instar des pistes explorées dans l'ouvrage Historicités de l'action publique
coordonné par Danny Trom et Pascale Laborier en 2003 ; on y prend au sérieux la
subjectivité de l'individu. De manière
plus générale, la thématisation des enjeux moraux, liés à la responsabilité, à
l'expérience apparaît cardinale dans ce
type d'analyse de l'action publique. Les recherches pilotées par Laurent
Thévenot et Marc Breviglieri sur les "politiques au regard du proche"
illustrent cet axe particulier de questionnement.
Discuter,
interroger et mettre en débat ces approches pragmatiques s'impose. L'objectif
poursuivi par ce colloque international est de faire se rencontrer les sciences
politiques et sociales afin de tisser ensemble un travail intellectuel
collectif sérieux et stimulant visant à continuer le renouvellement des cadres
d'interprétation, particulièrement prégnant dans le domaine de l'action
publique. Dans cette perspective, la relation et la comparaison avec des approches
différentes seront particulièrement bienvenues.
Voici
cinq axes de discussion non exhaustifs.
Les
machines, les ordinateurs, les technologies jouent un rôle important dans
l'action publique mais comment les intégrer dans une démarche qui entend
analyser les politiques publiques ? Au-delà du rôle joué par les technologies
en général, les objets constituent des instruments de mesure mais aussi de
qualification, coordination, jugement et critique dans l’action publique. Que
permet une telle perspective par rapport aux analyses classiques centrées sur
les institutions ou sur les acteurs ? Comment sortir des cadres déterministes
et réductionnistes et rendre compte des équipements de l’action publique ?
Peut-on, dans ce cadre, rendre compte des dispositifs juridiques et de ce
qu’ils font ? Les communications proposées doivent permettre une mise en
débat de cette dimension singulière.
Les
approches pragmatiques ont souvent été critiquées pour leur présentisme. Il
s'agit ici précisément d'interroger les temporalités et leur traitement,
différencié, dans les approches pragmatiques de l'action publique. Comment
introduire les temporalités, le jeu entre elles ? En quoi cette entrée par le
temps parvient-elle à éclairer certains traits singuliers de l'action publique
? Comment le chercheur accorde-t-il une attention aux variations temporelles
tout en développant une pragmatique de l'action publique ?
La
subjectivité et l'expérience au même titre que l'éthique et la morale
continuent à être l'objet de lourds soupçons en science politique. Comment leur
accorder un statut au-delà d'un certain irénisme ou d'une tradition
intellectuelle habituée à les dénoncer comme de la "poudre aux yeux"
? Par quels instruments de connaissance le chercheur parvient-il à saisir –
sans le sous-estimer ni le surestimer – le rôle joué par cette dimension morale
? Quelle place accorder dans nos analyses à de concepts comme la reconnaissance,
la responsabilité ou encore la capacitation ? Surgit ainsi la question du
dialogue (critique) avec les cadres d’analyse proposés par la philosophie, la
psychologie, l’anthropologie et aussi l’économie. Ces dimensions de l'action
publique, pourtant cardinales, apparaissent relativement peu interrogées dans
la littérature.
Les
analystes de l'action publique explicitent rarement les enjeux épistémologiques
de leur recherche. Il s'agit ici d'un axe transversal car il renvoie aux
méthodes et aux théories de la science autour desquels s’organisent les
approches pragmatiques. Pour ces dernières, « suivre les acteurs » - slogan
souvent mal interprété - consiste à user de méthodes qui permettent de suivre
et surtout de décrire ce qu’ils font, comment ils se coordonnent, par quels
appuis, via quels instruments et au moyen de quels vocabulaires… Plus que de
nouvelles méthodes, il s’agit surtout de se donner les moyens d’explorer la singularité et la pluralité des engagements, des activités et des arguments. Il
importe ici de mesurer et d’expliciter la distance qui s’établit avec les épistémologies,
de Pierre Bourdieu à Michel Crozier, axées sur la domination et le calcul
stratégique. Plus largement, que permet une telle entrée dans l’action ?
Une telle conception de l'acteur ? Quelles en sont les forces et les faiblesses
dès lors qu’on entend procéder à une analyse de l’action publique et de ses arrangements
?
Souvent
confondues avec une micropolitique, en quoi ces approches pragmatiques concilient-elles
les coordinations locales et la régulation publique à un niveau macroscopique ?
Ces approches déclarent ne plus effectuer de différence entre micro et macro,
toutefois quelles variations introduisent-elles pour donner à voir et penser
des entités de portées spatiales et temporelles variables ? A l'intérieur
de la galaxie pragmatique, quels sont les accents et les différences d’échelle
prises en compte en fonction des terrains (travail social, militantisme,
administration, médecine, etc.) et des questions de recherche ? Dans ce jeu
d’échelle, quelles sont les articulations possibles avec les perspectives
cognitives développées en France, à partir de Pierre Muller ? En quoi les
approches pragmatiques centrées sur les modes de coordination peuvent-elles
être éclairées par les analyses de l'action publique de Jean-Claude Thoenig,
Jacques Commaille ou Patrice Duran ?
Les propositions de communication sont à envoyer pour le 1er décembre 2006 à Fabrizio
CANTELLI (fcantell@ulb.ac.be). Elles précisent l'axe
de discussion privilégié et ne dépassent pas deux pages, présentent la
démarche, les outils, les dimensions et les enjeux qui seront particulièrement
interrogés. Merci également d’y inclure votre mail, statut ainsi que le centre
de recherche.
La sélection des propositions se fera début janvier 2007.
Les textes sont à envoyer pour le 20
avril 2007.
Ce colloque constituera une activité de l’Ecole doctorale en sciences
politiques de la Communauté française de Belgique. C’est pourquoi les
propositions de doctorants et de jeunes chercheurs sont particulièrement encouragées.
Les actes de ce colloque seront publiés dans un ouvrage scientifique.