Colloque international de sociologie
Voyages transatlantiques
Université Nancy 2, du 31/05/2007 au 1/06/2007
http://www.univ-nancy2.fr/

Date limite pour l’envoi des propositions : 1er janvier 2007

Co-organisation :


Laboratoire de Sociologie du travail et de l’Environnement social LASTES - Université Nancy 2 ; Laboratoire « Cultures et Sociétés en Europe », UMR CNRS 7043 - Université Marc Bloch, Strasbourg
avec le soutien de : RC 8 (Histoire de la sociologie) de l’A.I.S. ; CR 11 (Histoire de la sociologie) & CR 14 (Sociologie de la connaissance) de l’A.I.S.L.F. ; RT 10 (Sociologie de la Connaissance, épistémologie, histoire de la sociologie) de l’A.F.S.

Depuis la Foire agricole internationale de 1905 à Saint Louis (Missouri) et même avant, le voyage transatlantique a constitué pour les sociologues, pour les intellectuels, comme pour tous ceux qui accomplissent the Grand Tour, l’initiation à l’altérité, à un monde académique paré souvent de prestige, soit par l’antériorité des institutions, soit par la vigueur de la science et de la philosophie, comme ce fut le cas en Allemagne, soit, encore, par les bibliothèques comme celles que fréquenta Max Weber à New York et qu’il évoque dans ses lettres. La sociologie s’organise dans ses Congrès internationaux et ses associations, les étudiants devenus professeurs deviennent les propagandistes de la sociologie qu’ils ont connue, ainsi Florian Znaniecki fut le premier à introduire en Europe la sociologie américaine, alors que Robert E. Park conservera de son séjour en Allemagne à Strasbourg en 1900, la mémoire des leçons de conceptualisation de Windelband qu’il va reprendre à Chicago avec ses étudiants. La traversée de l’Atlantique conduit au comparatisme, à l’émerveillement, à l’étonnement : songeons à celui de Max Weber observant la ville de Chicago : il la voyait semblable à l’écorché des salles de classe - une ville manquant des agréments urbains. Comme d’autres sociologues, il avait visité la société Armour signalée par le Baedecker de l’époque : l’industrie de la viande fit grande impression sur lui comme sur tous les voyageurs. Maurice Halbwachs quant à lui était étonné par la diversité de la morphologie urbaine à Chicago, par cette juxtaposition de nationalités différentes. Mais Robert Park lui faisait peur avec sa manière de parler. Lorsque Robert E. Park fit visiter l’Europe des pauvres à Booker T. Washington, la comparaison servit d’instrument au relativisme dans l’appréhension des situations de pauvreté ou de marginalité.
D’autres traversées seront marquées par le tragique de l’histoire - celle de la fuite ou de l’exil forcé devant l’avancée nazie. Les plus connues sont celles de L’Ecole de Francfort, mais ils seront rejoints par tous les autres - les Autrichiens, ceux de l’ancien Empire austro-hongrois, les Français et d’autres Européens qui peuvent encore fuir. C’est là, à New York ou en Californie que va se créer le melting-pot des philosophies et sociologies européennes et américaines.
Le retour en Europe, les fondations américaines de l’après-guerre, les professeurs américains qui viennent enseigner en Allemagne après l’occupation parachèveront dans une certaine mesure ces échanges scientifiques entre des traditions culturelles et académiques différentes. Georges Gurvitch rapporte des Etats-Unis en France ce qu’il nomme la micro-sociologie, la sociologie des petits groupes sur laquelle les sociologues, puis les psychologues vont travailler. Les visites que font aux Etats-Unis les étudiants de cette époque, qu’il s’agisse d’Henri Mendras ou de Michel Crozier, vont contribuer à créer une nouvelle donne pour la sociologie française dont nous nous inspirons aujourd’hui encore.
Pendant ce temps, Erving Goffman vit sur son île, à l’affût des nouvelles en observant l’unique téléphone de Dixon. Un peu plus tôt Arensberg et Kimball ont travaillé en Irlande à une autre étude de communauté. Everett Hughes enseigne en Allemagne pendant un an, il sera suivi plus tard par Nels Anderson qui invitera à son tour Ernest W. Burgess.
Encore de nos jours, les échanges d’idées et de chercheurs continuent à nourrir la sociologie des deux côtés de l’Atlantique. Parmi tant d’autres exemples citons le post-structuralisme basé sur les travaux de Michel Foucault qui prend une grande importance en Amérique, alors que la sociologie française ne cesse de s’inspirer des courants interactionnistes développés à Chicago mais aussi en Californie du Sud.
Ainsi le voyage transatlantique sert plusieurs desseins, celui de l’expérience, celui de l’échange académique et intellectuel, celui de la mise à distance. Comme on le voit à partir de ces quelques exemples, il a favorisé les collaborations, la manière de construire l’objet sociologique, les méthodes. Grâce à ces échanges l’étude de la sociologie prend la forme d’une polyphonie constamment renouvelée.

Quelques suggestions de contributions, elles ne sont pas limitatives :

-  1. Le voyage et le séjour : Quelles sont les conditions du voyage Quelles sont les réactions des chercheurs à la découverte du pays d’accueil ?
-  2. Les sociétés observées : le voyage a souvent eu pour objet l’étude de la société d’accueil. Les études effectuées ont pris diverses formes que ce soit des études communautaires, des études sur la structure sociale, des coutumes locales.
-  3. Echange d’idées et influences réciproques : qu’ils aient été étudiants ou chercheurs déjà chevronnés, les données qu’ils échangent vont nourrir quelquefois la sociologie du pays d’origine. Parfois l’influence se nourrit d’une correspondance, de la lecture des œuvres, elle inspire et engendre des travaux nouveaux.
-  4. Connaissance de soi et réflexion sur soi. Connaissance de la société environnante et réactions à ce monde en mutation, tout concourt à favoriser l’interprétation. Songeons aux réactions d’Everett Hughes au nazisme et à sa conceptualisation du « sale boulot ».

Les propositions de communications des participants seront présentées avec cinq lignes de résumé. Elles sont à envoyer au plus tard pour le 1er janvier 2007 à l’intention de Cherry Schrecker : Cherry.Schrecker@univ-nancy2.fr

Adresse postale :
Université Nancy 2
LASTES
Madame Cherry Schrecker
23 Boulevard Albert 1er - BP 3397
F - 54015 Nancy Cedex