Les temps des politiques sociales
Appel à communication
Chaire de Travail social et politiques sociales - Université
de Fribourg (Suisse)
GT 19 Sociologie de l’intervention sociale de
l’Association internationale des sociologues de langue française
Fribourg (Suisse), les 22 & 23 novembre
2007
Fruit de la
confrontation d'une multitude d'acteurs sociaux percevant la réalité de manière
hétérogène, les politiques sociales recouvrent une réalité complexe et
multiforme, tant au niveau de leur conception que de leur mise en œuvre. Des
politiques au tiers secteur, en passant par les hauts fonctionnaires, les
médias et les intervenants de terrain…, tous occupent une place particulière
dans la définition et / ou dans l'application des politiques sociales,
place qu'ils tiennent à légitimer et à défendre. De cette position spécifique
découle un certain rapport au temps, la temporalité de l'État social n'étant
pas identique, par exemple, à celle du travailleur de rue. Cette hétérogénéité
temporelle se trouve au centre des préoccupations de ce colloque qui propose de
réfléchir autour des différents temps des politiques sociales et de leur
conflictualité potentielle ou avérée.
Un véritable
écartèlement se donne en effet à voir entre la logique de l'urgence adoptée
dans certains milieux, à l'instar de l'humanitaire qui mise sur l'allègement
immédiat des difficultés vécues par les populations, et d'autres logiques
reconnaissant à la durée, au temps qui s'écoule, un prix. Les institutions de
réadaptation, par exemple, s'inscrivent dans cette seconde logique,
l'évaluation des progrès se faisant à l'aune d'une temporalité longue.
Toutefois, lorsque les progrès cessent, le temps peut se muer en attente et
être perçu dans toute sa lourdeur. Le défi consiste alors à gérer cette attente,
le temps qui s'écoule.
Ces temps ne sont
pas uniquement divergents mais ils sont aussi souvent antithétiques, bien
souvent même impossibles à agréger. Les temps définis et imposés par l'État
social – caractérisés par les concepts de prospective, d'anticipation et
de planification mais aussi à certains égards par une logique à plus court
terme, influencée par les enjeux électoraux par exemple – tendent à
s'opposer au temps des institutions, des politiques, des professionnels et des
usagers. Cette dissonance des logiques rythmiques entres les différents niveaux
complexifie la collaboration interinstitutionnelle et a des impacts sur la
qualité des prestations.
La discordance
rythmique est encore accentuée par les médias, acteur incontournable au niveau
de la définition des politiques sociales. Ceux-ci imposent en effet leur
temporalité, caractérisée par l'immédiateté, qui entre en contradiction avec le
temps incompressible nécessaire à la réflexion autour des enjeux de société.
Quatre axes sont susceptibles de structurer la
réflexion autour de la thématique des temps des politiques sociales :
1. Les temps de l'urgence
L'urgence
caractérisant nos sociétés n'épargne pas les politiques sociales, qui se
doivent de répondre sans délai à certaines difficultés
sociales, notamment en cas de crise, d'imprévu. Or, définir une politique
sociale consiste avant tout à dessiner un modèle pérennisable
dans le temps, donnant une certaine direction à la société. Dans quelle mesure
urgence et politiques sociales sont-elles compatibles? En même temps, sans que
cela ne soit antithétique, les mesures prises dans un tel cadre sans réelle
mise en perspective d'ensemble, participent à la création d'un certain
empilement des politiques sociales. Quels sont dès lors les effets de cette
sédimentation au fil du temps sur la cohérence et l'efficacité des politiques
sociales ?
2. Gestion et
mobilisation de la durée
Les politiques
sociales s'inscrivent aussi dans la durée, selon des temporalités plus ou moins
longues qui peuvent entrer en tension. Tel est le cas de l'accompagnement qui
se décline notamment sous forme éducative – temporalité longue – et
palliative – durée limitée. Ainsi, la gestion de l'installation d'un
usager dans un dispositif constitue un véritable défi, notamment lorsque
celui-ci n'est pas pensé pour durer. Quelles sont les modalités de gestion de
l'attente ?
La notion de durée
se retrouve aussi dans la perspective du projet, toujours plus présente au
niveau de l'action sociale, particulièrement dans les structures de
réinsertion. Pour que cette projection soit possible, il s'agit de mobiliser
l'expérience des individus, donc d'opérer en amont. La durée revêt ici un
caractère plutôt positif et valorisé. Quelles sont les modalités de la
mobilisation expérientielle ?
3. Divergences
chronologiques
Les différences de
temporalité entre les acteurs des politiques sociales alors que ceux-ci se
doivent de faire système, complexifient indéniablement la collaboration. Les
temps de l'État social planificateur (à long terme) sont difficiles à concilier
avec ceux des usagers (qui souhaitent voir les effets rapides d'une orientation
politique, contre l'exclusion ou l'insécurité par exemple) ou avec celui des
élus, soucieux de marquer d'une temporalité élective les politiques sociales
localisées; mais les temps de l'État social d'urgence (avec la pratique des
contrats de 3 ou 4 mois) sont aussi incompatibles avec celui des associations
qui réclament "du temps" pour s'occuper de ceux que la mondialisation
met au bord du chemin, et pour réaliser un développement durable des quartiers.
Ces divergences chronologiques se donnent aussi à voir au travers du rythme
imposé par l'émergence du paradigme managérial dans le champ du social
(contrats, appel d'offres, retour sur investissement, direction par objectifs,
démarche qualité, etc.), affectant la mise en œuvre des politiques sociales et
de l'action sociale. Se pose dès lors la question de la coordination de rythmes
différents, voire antithétiques.
4. Les moments de
l'intervention
La temporalité peut
également être interrogée sous l'angle du moment où se situe l'intervention,
afin de comprendre comment se définit le "quand". Cela renvoie
indéniablement aux thématiques liées à la prévention et au curatif. Quels sont
les facteurs influençant la détermination du moment de l'agir ?
L'intervention se décline aussi parfois sous forme d'accompagnement,
particulièrement durant les phases de transition biographique, offrant un
support à des moments clés de l'existence. Comment penser une aide qui vise la
sécurisation des parcours des individus et donc produit un étirement du moment
de l'intervention ?
Appel à communication
Modalités d’inscription :
Les collègues désireux-ses de présenter une
communication sont invité-e-s à envoyer leur proposition, 1 page maximum, en
précisant leur nom, prénom, institution et adresse électronique, avant le 1er
juin 2007,
par courrier électronique à :
ou par courrier postal à :
Université de Fribourg
Chaire de Travail social et politiques sociales
Mme Dr Vivianne Châtel
Route des Bonnesfontaines 11
CH-1700 Fribourg
Les auteur-e-s des propositions retenues seront
informé-e-s par courrier électronique dès la fin du mois de juin 2007 (au plus
tard le 30 juin).
Modalités de participation :
Un site, recensant le programme du colloque ainsi que
les informations pratiques (hôtels, restaurants, transports, tourisme etc.) est
en cours de construction (www.unifr.ch/travsoc/colloque2007).
L’inscription au colloque est gratuite.
L’hébergement, les déplacements et les repas sont à
la charge des participant-e-s.
Un repas est organisé le jeudi soir au prix de CHF 40-
(25 euros). L’inscription est obligatoire et le règlement se fait
impérativement par virement bancaire
au plus tard le 30 septembre 2007 (voir le site du colloque pour plus
d’informations, notamment le code IBAN [International
Bank Account Number]
pour le virement bancaire).
Pour toute information complémentaire :
E-mail : viviane.chatel@unifr.ch
Site web :
www.unifr.ch/travsoc/colloque2007