Evaluation de la situation
C'est à partir de cet historique que l'on peut se demander pourquoi le CNU n'a pas fonctionné correctement.
Sérions les problèmes : il y en a eu deux, qui se sont imbriqués mais qu'il faut traiter séparément.
Ils ont d'ailleurs deux causes communes : 1) des nominations du Ministère qui ont permis la constitution d'un groupe numériquement important dont les orientations sont très fortement critiquées au sein de notre milieu professionnel ; 2) des dissensions internes au sein de la liste syndicale du SNESup, dissensions qui ont conduit des membres du CNU à se rallier au groupe que l'on vient d'évoquer.
Voila pour les causes. Venons-en aux problèmes.
Le premier problème tient à ce qui a été ressenti comme une absence de critères explicites pour les qualifications et les promotions : le conflit entre le président et une partie des démissionnaires porte sur cette question. Mais on peut désormais considérer que la démission du président, et les pressions de la communauté qui est très claire sur ce point, devraient permettre de résoudre ce problème dès à présent.
Le deuxième problème tient au fait que les promotions à la classe exceptionnelle de membres du CNU n'ont pas été acceptées, car elles étaient données à des collègues dont, à tort ou à raison, la légitimité scientifique est contestée par beaucoup ; qui plus est, l'un d'eux était membre du bureau de la section 19, ce qui n'était jamais arrivé (mais il y a déjà eu des promotions en classe exceptionnelle de membres du CNU
rapport).
Cependant il ne serait pas légitime d'étendre la réprobation à l'ensemble du CNU en tant que tel. De plus il faut rappeler que la légitimité scientifique est un objet de discussion tout à fait légitime entre professionnels légitimes, c'est-à-dire ayant passé les étapes du cursus professionnel. En d'autres termes, on peut certes reprocher à des collègues d'avoir profité d'une occasion favorable pour eux ; mais ils sont passés par les mêmes épreuves, ils sont donc membres de notre communauté professionnelle et ont gagné en tant que tels le droit d'être considérés comme tels.
L'appel de l'AFS à des volontaires pour que le CNU fonctionne à nouveau est donc un impératif pragmatique. Il serait très injuste de bloquer le fonctionnement d'une institution pour des raisons de désaccord sur la nature de la sociologie ; d'autant que ceux qui en souffriraient le plus, les jeunes docteurs, ne sont pas partie prenante dans notre conflit interne.
Nous avons publiquement pris partie pour marquer notre désaccord sur les faits ; il reste que ceux-ci ne sont pas de l'ordre de l'injustice grave qui appellerait une réponse civique : il s'agit d'un manquement déontologique à la pratique habituelle du CNU qui appelait une réprobation, ce qui a été fait.
Tout va se jouer sur les nominations que va faire bientôt le Ministère, nominations qui seront faites les premières : si elles aboutissent à un équilibre raisonnable, ce sera le signe que la dynamique va dans le sens d'un retour à la normale ; et nous en prendrons acte. La cooptation (par collège) des autres membres pourra alors se faire dans des conditions équilibrées.
C'est cette issue que nous souhaitons, et nous l'avons dit clairement. L'AFS a été aussi loin qu'elle le pouvait, dans des conditions difficiles, pour faire en sorte que se fassent les qualifications des nouveaux docteurs. Toutefois, si les nominations confirmaient et renforçaient un déséquilibre, nous ne pourrions plus continuer à encourager le processus de reconstitution d'un CNU représentatif de notre communauté professionnelle.
Philippe Cibois
Président de l'AFS