APPEL A ARTICLES

 

 

 

Revue

Sociologies Pratiques

n°15

 

PUF

 

 

 

Des engagements sous contraintes

L’évolution des normes dans les collectifs volontaires

 

 

Numéro coordonné par Sandrine Nicourd

Université Paris 13/ PRINTEMPS, CNRS

 

 

L’objectif poursuivi dans ce numéro est de progresser dans la compréhension des collectifs d’engagement qui sont différents des collectifs professionnels orientés vers une finalité instrumentale, des collectifs privés ou familiaux ou même des collectifs de loisirs. Dépourvus d’un statut unique, ils correspondent à des formes de participation à la vie publique et sont tournées vers une utilité collective. Ces collectifs peuvent prendre la forme d’un parti politique, d’une association, d’un groupe de pression ou encore d’une organisation syndicale. Ils auront notamment à l’égard des politiques publiques un lien plus ou moins partenarial et/ou contestataire.

La variété de ces collectifs rencontre une grande diversité des formes d’organisation : certains sont proches des normes bureaucratiques d’un appareil politique alors que d’autres rejoignent les normes fusionnelles d’un groupe faiblement structuré : la taille du groupe, l’organisation du pouvoir, les idéologies, l’ancrage historique sont parmi les éléments qui ont toujours été et sont encore à l’origine de la construction des normes sociales qui encadrent les rôles et les pratiques d’engagement.

Dans l’analyse de ces collectifs, des obstacles sont particulièrement récurrents. Ainsi, l’idéal démocratique qui les accompagne induit souvent un regard normatif sur les engagements. Certains sont aujourd’hui valorisés dans les sphères publiques et médiatiques (associations caritatives, humanitaires, mouvements altermondialistes ...). Ces légitimités sont fondées sur une opposition entre des « anciennes » formes d’engagement, le plus souvent disqualifiées, et des « nouvelles » formes d’engagement qui se présentent comme « libérées des pesanteurs du passé ». Il y aurait d’un côté des engagements « libres », « modernes » et de l’autre des engagements devenus trop « traditionnels » pour être légitimes. Au-delà de ces oppositions trop schématiques, les dynamiques d’engagement sont toujours encadrées par des contraintes organisationnelles. S’engager signifie donc toujours être engagé dans des interactions organisées. Ainsi « la bonne volonté » ou les « rêves d’utopies » vont s’exprimer dans des espaces normés, des codes sociaux qui délimitent les capacités d’action et peuvent créer engagements comme désengagements.

Depuis une dizaine d’années, ces collectifs d’engagement évoluent dans un contexte sociopolitique marqué par les recompositions de l’Etat providence (délégation de certaines missions, évaluations des actions et contraintes réglementaires), l’augmentation et la diversification des offres d’engagement (liée au développement des associations de solidarité notamment) et la légitimité du modèle de l’entreprise qui apparaît comme une référence organisationnelle. Les engagements, considérés ici comme des logiques d’action orientées vers l’utilité collective, ne sont pas imperméables à ces éléments de contexte. Dans certains cas les modes de régulation des collectifs d’engagement ne sont pas concernés par ces changements alors que dans d’autres les formes des engagements sont modifiées. Dans un tel contexte, les articles de ce numéro rendront compte des évolutions des formes d’engagements.

 

Thèmes du numéro :

Les articles sollicités concerneront au moins l’un des thèmes suivants :

 

-         Comme toutes les organisations, les collectifs d’engagement disposent de mécanismes de régulation de pouvoir plus ou moins formalisés. Dans de nombreuses situations, on observe le rôle essentiel d’un leader, d’un porte-parole. Aujourd’hui, la technicité et le niveau de spécialisation de l’action, associés pour certaines organisations à l’obligation de qualification des dirigeants invitent les collectifs d’engagement à se rapprocher des normes de l’entreprise. Qu’en est-il de la division du travail et de la répartition du pouvoir au sein des collectifs d’engagement ? Comment se combinent les différentes formes de légitimité ?

-         Nous porterons également une attention aux processus de recrutement et de promotion. Alors que la cooptation en est le mode le plus fréquent, il n’est pas rare de constater que certaines procédures se formalisent notamment à travers l’intervention des cabinets de recrutement et/ou d’annonces. Comment dès lors s’opère la transmission du sens de l’action et le renouvellement des compétences ? Comment les bénévoles adaptent leurs engagements à ce mouvement de professionnalisation ?

-         Les collectifs d’engagement ont gagné en visibilité publique. Les médias cherchent régulièrement des exemples d’associations qui « oeuvrent » pour le bien commun et/ou mettent en lumière les actions contestataires des groupes de pression au point de devenir des partenaires implicites de leurs actions. Les collectifs d’engagement composent souvent avec cette nouvelle donne en développant des politiques de marketing et de communication très proches de celles des entreprises, notamment pour recevoir des dons et/ou attirer des bénévoles. Comment les acteurs ajustent-ils leurs discours à la demande du monde politique et des médias ? Quelles sont les conséquences là aussi, sur les formes d’action ?

-         Les collectifs d’engagement sont soumis à des contraintes gestionnaires et réglementaires de plus en plus importantes. Les collectivités publiques, bailleurs de fonds ou fondations imposent des modes spécifiques d’allocation de ressources centrés non seulement sur des objectifs mais aussi sur des modalités de travail. Par ailleurs, les politiques publiques invitent les collectifs d’engagement à une rationalisation de leurs actions et modes opératoires (la loi de 2002 dite de « rénovation » de l’action sociale et médico-sociale par exemple). Il est notamment intéressant de rendre compte des effets réciproques entre les engagements et les nouvelles règles produites : sont-elles support au développement du projet ou au contraire la fin devient elle secondaire par rapport aux moyens mis en œuvre ? Quelles sont les conséquences de ces contraintes réglementaires sur les modes d’organisation du travail bénévole ? Comment penser une formalisation des compétences bénévoles et militantes ? Les formes d’action peuvent elles échapper aux dispositifs de contrôle bureaucratique ?

 

 

Articles

 

Les contributions souhaitées sont des articles présentant des résultats de recherche portant sur des collectifs d’engagement variés : associations, partis politiques, syndicats, groupes de pression ….

 

Leur format final ne doit pas excéder 27 000 caractères (espaces compris).

 

 

Intentions d’articles

 

Dans un premier temps, les auteurs doivent adresser une intention d’article de une à deux pages maximum, précisant la problématique de l’article, les thèmes développés et des indications sur son assise empirique.

 

Les intentions doivent être envoyées par voie électronique à sandrine.nicourd@wanadoo.fr

avant le 10 novembre 2006.

 

Une réponse de la revue sera donnée sur l’intention d’article sous 2 semaines.

L’acceptation de l’intention d’article ne présume pas de l’acceptation de l’article final qui est soumis au comité de lecture de la revue.

 

Les articles retenus devront être remis le 15 janvier 2007 pour une publication en octobre 2006.