Association Française de Sociologie


2ème congrès de l'AFS - Bordeaux- 5 au 8 septembre 2006

Où en est la sociologie des arts et de la culture ?

Responsable : Sylvia Girel


 

Cette session semi-plénière consacrée à la sociologie des arts et de la culture se déroulera en deux temps : une première partie qui donne une vue d'ensemble des recherches conduites dans notre champ (B. Péquignot, F. Gaudez) et un exemple plus approfondi au travers de la littérature (C. Lévy) ; une deuxième partie plus axée sur les questions épistémologiques liées à notre champ et mises en perspective au regard de la discipline, avec des exemples sur les arts plastiques (N. Heinich), la musique (A. Hennion), la lecture (N. Ramognino).

1ère partie

Bruno Péquignot (Professeur, université de Paris 3)
Genèse, développements et actualité de la sociologie des arts et de la culture en France

Florent Gaudez (Maître de conférences, université de Toulouse 2, centre universitaire d'Albi)
Sociologie de l’art – OPuS, une revue scientifique et internationale éditée en France : regard rétrospectif et prospectif

Clara Lévy (Maître de conférences, université de Nancy)
Pour une sociologie des œuvres littéraires

2ème partie

Nathalie Heinich (Directeur de recherches au CNRS, CRAL)
Vers une sociologie descriptive de l’expérience artistique : pour en finir avec le « social »

Antoine Hennion (Professeur à l’École des Mines de Paris)
La question du goût en sociologie : une pragmatique de l'amateur

Nicole Ramognino (Professeur, université de Provence)
L’échange symbolique au fondement du procès social esthétique et culturel : La division sociale du travail de production de connaissance, ses capacités et ses limites épistémiques

Modératrice : Sylvia Girel

 

Florent Gaudez Sociologie de l’art – OPuS, une revue scientifique et internationale éditée en France : regard rétrospectif et prospectif

La revue Sociologie de l'Art publie depuis la fin des années 80 les travaux produits dans notre champ scientifique. Son activité permet de mieux faire connaître les recherches réalisées en sociologie des arts et de la culture.
Cette publication créée initialement par le Comité de recherche "Sociologie de l'Art", CR 18 de l'AISLF (Association internationale des sociologues de langue française), est aujourd'hui gérée par l'Association des amis de la revue OPuS - Sociologie de l'art, présidée par Jacques Leenhardt. Elle est depuis 2002 publiée par les éditions L'Harmattan et dirigée par Florent Gaudez. Elle fonctionne en étroit partenariat avec le GDR international OPuS (Œuvres, Publics, Sociétés), et est à ce jour la seule revue scientifique à se consacrer exclusivement à l’approche sociologique des arts et de la culture au plan international.
Cette communication se propose de revenir sur l’aspect historique de la création, puis de la survie de la revue, d’en préciser les modalités de fonctionnement, et enfin d’en dégager quelques perspectives quant aux projets de développement et d’avenir.

Nathalie Heinich Vers une sociologie descriptive de l’expérience artistique : pour en finir avec le « social »
La sociologie de l’art n'a plus à conquérir sa spécificité eu égard à son objet : il existe bien aujourd’hui une discipline « sociologie de l’art », clairement identifiée par ses supports institutionnels et la spécialisation de ses producteurs. Bien plutôt doit-elle affirmer sa place dans l’ensemble de la sociologie, en inscrivant ses problématiques et ses méthodes dans l’espace des possibles balisé par les auteurs de référence et les orientations qu'ils représentent. Or c’est là une tâche plus ardue, semble-t-il, que pour d’autres spécialisations, compte tenu du poids hiérarchique de l'objet « art », qui attire des producteurs intellectuels souvent plus informés de leur objet que de leur discipline. C’est cette carence que j’aimerais contribuer à corriger ici, en re-situant la sociologie de l’art dans l’espace de la sociologie en général, et en indiquant la direction qui me paraît la plus spécifique et, de ce fait, la plus heuristique.
La déroutante pluralité des sociologies actuellement disponibles gagne à être structurée en fonction de deux grands axes : l’axe normativité vs descriptivité, et l’axe sociologie du social vs sociologie de l’expérience. Le tableau à double entrée obtenu en croisant ces deux axes produit une image assez claire des principales options de la sociologie depuis son origine, que ce soit en France, en Allemagne, aux Etats-Unis, etc. Concernant la sociologie de lart, on constate ainsi la prégnance, pour une large part, d'une sociologie normative, d'une part, et d'une sociologie du « social », de l’autre, voire d'une sociologie normative du social. Je plaiderai pour ma part la cause d'une sociologie descriptive de l’expérience, dont les résultats acquis illustrent la supériorité.

Antoine Hennion La question du goût en sociologie : une pragmatique de l'amateur

Les objets ne sont pas déjà là, inertes et disponibles, à notre service. Ils se livrent, se dérobent, s’imposent à nous. Le goût gagne à être mis en relation avec l’idée de réflexivité. Moins en un sens moderne, surplombant, qu’en ce sens originaire, liant et reliant, insistant sur le moment indéterminé de l’avènement des choses. Il s’agit bien de plaider pour une autre conception du goût, comme modalité problématique d’attachement au monde. Par opposition à une sociologie critique qui comprend le goût comme attribut déterminé de sujets ignorants d’eux-mêmes, cette conception, réflexive, le comprend comme activité pragmatique d’amateurs critiques, tournés vers leur objet sur un mode perplexe, guettant ce qu’il leur fait, attentifs aux traces de ce qu’il fait aux autres, partagés entre les sensations directes à éprouver (ou essayer d’éprouver), et les relais indirects qui permettent de différer son jugement, et de s’en remettre en partie à l’avis des autres.

Bruno Péquignot
Genèse, développements et actualité de la sociologie des arts et de la culture en France

Les questions qui touchent aux arts et à la culture ont fait très tôt dans l’histoire des sciences sociales l’objet de travaux. Ce n’est, cependant qu’assez tard que s’est construite une communauté de chercheurs autour de problématiques et de contradictions communes. Cette intervention présentera les étapes théoriques, méthodologiques et institutionnelles de cette construction.

Nicole Ramognino L’échange symbolique au fondement du procès social esthétique et culturel : La division sociale du travail de production de connaissance, ses capacités et ses limites épistémiques.

Il s’agit de montrer comment les découpages actuels qu’opèrent les programmes de recherche dans ce domaine et, peut-être plus largement en sociologie de la culture et des phénomènes culturels, se fondent sur des implicites qui, tout en étant porteurs d’approches heuristiques et d’un développement important de la connaissance dans ce domaine, empêchent cependant d’envisager de la cumulativité. Notre propos est de montrer comment un fondement à la fois anthropologique et historique des recherches sociologiques pourrait permettre d’avancer dans cette voie. Les phénomènes culturels, littéraires ou artistiques sont, de ce point de vue, des « terrains » propices à cette interrogation. En effet, l’absence d’élaboration sociologique sur la qualité propre de ces phénomènes ne peut pas ne pas être perçue comme drastiquement réductrice. Deux points pourraient ainsi être traités : les activités dans ce domaine relèvent d’un « échange symbolique » que l’analyse devrait observer ; l’observation et l’interprétation de la valeur culturelle, littéraire, et/ou esthétique peuvent-elles être intégrer et élargir le paradigme du classement et de la classification.