Association Française de Sociologie
Cette session semi-plénière consacrée
à la sociologie des arts et de la culture se déroulera en deux
temps : une première partie qui donne une vue d'ensemble des recherches
conduites dans notre champ (B. Péquignot, F. Gaudez) et un exemple
plus approfondi au travers de la littérature (C. Lévy) ; une
deuxième partie plus axée sur les questions épistémologiques
liées à notre champ et mises en perspective au regard de la
discipline, avec des exemples sur les arts plastiques (N. Heinich), la musique
(A. Hennion), la lecture (N. Ramognino).
1ère partie
Bruno Péquignot (Professeur, université de
Paris 3)
Genèse, développements et actualité de la sociologie
des arts et de la culture en France
Florent Gaudez (Maître de conférences, université
de Toulouse 2, centre universitaire d'Albi)
Sociologie de l’art – OPuS, une revue scientifique et internationale
éditée en France : regard rétrospectif et prospectif
Clara Lévy (Maître de conférences, université
de Nancy)
Pour une sociologie des œuvres littéraires
2ème partie
Nathalie Heinich (Directeur de recherches au CNRS, CRAL)
Vers une sociologie descriptive de l’expérience artistique
: pour en finir avec le « social »
Antoine Hennion (Professeur à l’École
des Mines de Paris)
La question du goût en sociologie : une pragmatique de l'amateur
Nicole Ramognino (Professeur, université de Provence)
L’échange symbolique au fondement du procès social
esthétique et culturel : La division sociale du travail de production
de connaissance, ses capacités et ses limites épistémiques
Modératrice : Sylvia Girel
Florent Gaudez Sociologie de l’art – OPuS, une revue scientifique et internationale éditée en France : regard rétrospectif et prospectif
La revue Sociologie de
l'Art publie depuis la fin des années 80 les travaux produits dans
notre champ scientifique. Son activité permet de mieux faire connaître
les recherches réalisées en sociologie des arts et de la culture.
Cette publication créée initialement par le Comité de
recherche "Sociologie de l'Art", CR 18 de l'AISLF (Association internationale
des sociologues de langue française), est aujourd'hui gérée
par l'Association des amis de la revue OPuS - Sociologie de l'art, présidée
par Jacques Leenhardt. Elle est depuis 2002 publiée par les éditions
L'Harmattan et dirigée par Florent Gaudez. Elle fonctionne en étroit
partenariat avec le GDR international OPuS (Œuvres, Publics, Sociétés),
et est à ce jour la seule revue scientifique à se consacrer
exclusivement à l’approche sociologique des arts et de la culture
au plan international.
Cette communication se propose de revenir sur l’aspect historique de
la création, puis de la survie de la revue, d’en préciser
les modalités de fonctionnement, et enfin d’en dégager
quelques perspectives quant aux projets de développement et d’avenir.
Nathalie Heinich
Vers une sociologie descriptive de l’expérience
artistique : pour en finir avec le « social »
La sociologie de l’art n'a plus à conquérir sa spécificité
eu égard à son objet : il existe bien aujourd’hui une
discipline « sociologie de l’art », clairement identifiée
par ses supports institutionnels et la spécialisation de ses producteurs.
Bien plutôt doit-elle affirmer sa place dans l’ensemble de la
sociologie, en inscrivant ses problématiques et ses méthodes
dans l’espace des possibles balisé par les auteurs de référence
et les orientations qu'ils représentent. Or c’est là une
tâche plus ardue, semble-t-il, que pour d’autres spécialisations,
compte tenu du poids hiérarchique de l'objet « art », qui
attire des producteurs intellectuels souvent plus informés de leur
objet que de leur discipline. C’est cette carence que j’aimerais
contribuer à corriger ici, en re-situant la sociologie de l’art
dans l’espace de la sociologie en général, et en indiquant
la direction qui me paraît la plus spécifique et, de ce fait,
la plus heuristique.
La déroutante pluralité des sociologies actuellement disponibles
gagne à être structurée en fonction de deux grands axes
: l’axe normativité vs descriptivité, et l’axe
sociologie du social vs sociologie de l’expérience.
Le tableau à double entrée obtenu en croisant ces deux axes
produit une image assez claire des principales options de la sociologie depuis
son origine, que ce soit en France, en Allemagne, aux Etats-Unis, etc. Concernant
la sociologie de lart, on constate ainsi la prégnance, pour une large
part, d'une sociologie normative, d'une part, et d'une sociologie du «
social », de l’autre, voire d'une sociologie normative du social.
Je plaiderai pour ma part la cause d'une sociologie descriptive de l’expérience,
dont les résultats acquis illustrent la supériorité.
Antoine Hennion La question du goût en sociologie : une pragmatique de l'amateur
Les objets ne sont pas déjà là, inertes et disponibles, à notre service. Ils se livrent, se dérobent, s’imposent à nous. Le goût gagne à être mis en relation avec l’idée de réflexivité. Moins en un sens moderne, surplombant, qu’en ce sens originaire, liant et reliant, insistant sur le moment indéterminé de l’avènement des choses. Il s’agit bien de plaider pour une autre conception du goût, comme modalité problématique d’attachement au monde. Par opposition à une sociologie critique qui comprend le goût comme attribut déterminé de sujets ignorants d’eux-mêmes, cette conception, réflexive, le comprend comme activité pragmatique d’amateurs critiques, tournés vers leur objet sur un mode perplexe, guettant ce qu’il leur fait, attentifs aux traces de ce qu’il fait aux autres, partagés entre les sensations directes à éprouver (ou essayer d’éprouver), et les relais indirects qui permettent de différer son jugement, et de s’en remettre en partie à l’avis des autres.
Bruno Péquignot
Genèse, développements et actualité de la sociologie
des arts et de la culture en France
Les questions qui touchent aux arts et à la culture
ont fait très tôt dans l’histoire des sciences sociales
l’objet de travaux. Ce n’est, cependant qu’assez tard que
s’est construite une communauté de chercheurs autour de problématiques
et de contradictions communes. Cette intervention présentera les étapes
théoriques, méthodologiques et institutionnelles de cette construction.
Nicole Ramognino L’échange symbolique au fondement du procès social esthétique et culturel : La division sociale du travail de production de connaissance, ses capacités et ses limites épistémiques.
Il s’agit de montrer comment les découpages actuels qu’opèrent les programmes de recherche dans ce domaine et, peut-être plus largement en sociologie de la culture et des phénomènes culturels, se fondent sur des implicites qui, tout en étant porteurs d’approches heuristiques et d’un développement important de la connaissance dans ce domaine, empêchent cependant d’envisager de la cumulativité. Notre propos est de montrer comment un fondement à la fois anthropologique et historique des recherches sociologiques pourrait permettre d’avancer dans cette voie. Les phénomènes culturels, littéraires ou artistiques sont, de ce point de vue, des « terrains » propices à cette interrogation. En effet, l’absence d’élaboration sociologique sur la qualité propre de ces phénomènes ne peut pas ne pas être perçue comme drastiquement réductrice. Deux points pourraient ainsi être traités : les activités dans ce domaine relèvent d’un « échange symbolique » que l’analyse devrait observer ; l’observation et l’interprétation de la valeur culturelle, littéraire, et/ou esthétique peuvent-elles être intégrer et élargir le paradigme du classement et de la classification.