Forum du projet de charte de l'AFS


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 Muriel Darmon  @  (26-03-2009 à 11h26)
Avant de réagir sur le texte provisoire de la charte, je voudrais poser la question suivante : la consultation collective (censée se terminer le 31 mars) est-elle suffisante ? 7 messages sur le site de l’AFS pour l’instant, 3 sur Agora (grâce auquel les sociologues non membres de l’afs, ou provisoirement non membres de l’afs, peuvent intervenir) : je ne pense pas que cela signale un désintérêt sur ces questions, mais peut-être le fait que la période est particulière et que la forte mobilisation occupe le temps et les esprits de ceux qui (précisément parce qu’ils ont à coeur le présent et l’avenir de la discipline) pourraient sinon intervenir. Je n’ai en tout cas pas l’impression qu’on puisse en l’occurrence parler d’un « débat collectif » sur cette charte, ce qui m’amène à remettre en question la pertinence d’un vote le 16 avril. Je suis bien consciente que le travail mené sur la charte au sein de l’afs est bien plus ancien, et ce n’est évidemment pas celui-ci qui est en cause, mais je pense que ces questions méritent un véritable débat collectif qui pour l’instant n’a pas trouvé, à mon avis, les conditions de sa réalisation.
A moins bien sûr que cela ne signifie que ceux qui ont lu le texte provisoire de la charte étaient d’accord avec toutes ses propositions et formulations et n’ont pas jugé utile d’intervenir. Malgré l’intérêt du texte, et ma reconnaissance pour le travail effectué (je trouve notamment très pertinente et utile la volonté de couvrir les différentes facettes du métier de sociologue), ce n’est pas mon cas. Mes remarques concernent principalement les aspects méthodologiques et scientifiques abordés par la charte :
- La définition de la sociologie par son utilité sociale me paraît restrictive, dangereuse, et au minimum peu consensuelle (à noter qu’il ne s’agit pas en l’état, dans la charte, d'indiquer une finalité parmi d’autres de la sociologie, mais bien de définir ce qu’est, dans l’absolu, la « recherche sociologique »).
- Je suis en désaccord avec plusieurs formulations du point 4 concernant les « participants à la recherche », voire avec l’esprit dans lequel il est rédigé :
Le fait de nommer « participants à la recherche » les personnes sur lesquelles porte la recherche, les enquêtés, les individus à propos desquels des données sont récoltées, ou encore les interviewés, engage une vision épistémologique particulière, à nouveau non-consensuelle, du rapport des sociologues au terrain ou aux matériaux. Parler de ces personnes comme des « participants » peut être la décision scientifique de tel ou tel sociologue, mais je ne crois pas pour ma part que cela puisse définir une pratique commune à tous les membres de l’AFS. Pour le dire de façon un peu rapide, je ne suis en outre pas sûre qu'on fasse preuve d'un respect plus grand à l’égard des enquêtés en leur décernant l’étiquette de « participants » à la recherche, qu'en s'efforçant de satisfaire aux exigences de vérité et de rigueur descriptives et d’attention aux effets de l’enquête (ces dernières étant présentes de manière très pertinente à mon avis dans la charte).
De plus, il me semble que cette section aboutit à une hiérarchie implicite des méthodes : ces paragraphes semblent avant tout destinés aux praticiens des méthodes qualitatives, comme si ces dernières posaient « naturellement » davantage de « problèmes éthiques » que les méthodes quantitatives (ce qui, en ces temps de « fichage », reste à prouver !).
Ils énoncent de plus des règles éthiques qui peuvent apparaître comme particulièrement contraignantes ou peu ajustées à certains types d’enquête. La charte mentionne ainsi des exigences d’information (jusqu’au financement de la recherche, aux responsables, et à l’anticipation explicite des résultats et de leur lieu de diffusion) et de négociation d’accords explicites et répétés des enquêtés, qui sont possibles dans certaines enquêtes et dans certains mondes sociaux, mais impossibles ou sans pertinence sociale dans d’autres. La charte va même jusqu’à restreindre ex ante, et indépendamment des exigences scientifiques, l’usage de certaines pratiques scientifiques au nom d’une hiérarchie éthique des méthodes, par exemple en préconisant de ne recourir à l’observation à couvert que « si les autres méthodes de recherches ne permettent pas d’obtenir des informations essentielles pour la recherche » : quid des cas où l’observation à couvert est choisie « pour elle même » parce qu’on pense qu’elle a un intérêt scientifique réel ? De manière moins dramatique, quid des cas d’observation d’espace ouverts, collectifs, ou encore d’espace où la présentation de soi comme observateur n’aurait pas de « sens » social (par exemple pour l'ethnographie d’un café ou d’un cours en amphithéâtre) ? Plus généralement, l’esprit du point 4 (une hiérarchie implicite des méthodes, qui concentre les questions éthiques sur les méthodes qualitatives, pour ensuite hiérarchiser implicitement les bonnes et les mauvaises méthodes qualitatives du point de vue éthique) me paraît problématique.
La prise en compte des « droits » des enquêtés, et le souci de les protéger des effets de l’enquête ou de pratiques moralement voire politiquement discutables me semblent tout à fait importants. Mais il me semble que les sociologues eux aussi ont des droits, conférés par la dimension scientifique de leur travail.




 Philippe Cibois  @  (19-03-2009 à 17h45)
La vie des idées vient de publier l'introduction de Daniel Cefaï à un ouvrage sur l'engagement ethnographique à paraître aux Editions de l'EHESS ainsi que la traduction par Paul Costey du code éthique de l'American Sociological Association.
http://www.laviedesidees.fr/Codifier-l-engagement.html






 HEINICH  @  (03-03-2009 à 15h04)
Merci pour cette excellente initiative, et pour l'effort de rédaction. Je me permets toutefois de suggérer quelques modifications ou ajouts.
1. Je ne suis pas d'accord avec la formulation "La recherche sociologique a pour objet de produire des connaissances pouvant être utiles à la société": c'est là une conception assez particulière de notre profession, qui, à mes yeux, a pour objet de produire des connaissances (ou du savoir). La question de l'utilité sociale est optionnelle, sans compter qu'on ignore qui doit juger de cette "utilité" (le sociologue? "la société", mais à travers quels représentants?). Je ne vois pas bien l'"utilité sociale" d'ouvrages comme celui de Weber sur l'éthique protestante, celui d'Elias sur la société de cour ou celui de Goffman sur la cadre-analyse: faudrait-il alors les exclure de la "recherche sociologique"?
2. Rien n'est dit du problème de la rémunération des agents du secteur public lorsqu'ils prennent des contrats. Jusqu'où peut-on cumuler le traitement du fonctionnaire avec le salaire ou les honoraires du chargé d'étude ou du conseiller scientifique? Un guide des bonnes pratiques pourrait être utile sur ce point délicat.
3. Rien n'est dit non plus de la question de l'expertise scientifique, pourtant bien sensible: règles de recrutement et de fonctionnement des commissions, risques de conflits d'intérêt, mise en oeuvre de critères non strictement liés à la compétence scientifique... Il serait peut-être bon d'expliciter ces points dans notre charte.
4. Enfin, le plan du texte m'a paru parfois assez obscur (notamment dans la première partie), avec des redites et des sauts thématiques. On devrait pouvoir le resserrer et le rendre plus cohérent.



 JENNY Jacques  @  (02-03-2009 à 20h07)
Code élaboré par Jacques Jenny
pour sa propre gouverne, vers 1960,
pour pallier l’absence de code officiel


LES DOUZE COMMANDEMENTS DU SOCIOLOGUE

(Code provisoire de déontologie)


I - Tes ancêtres et pères spirituels (non servilement) honoreras
Mais t'efforceras de faire mieux qu'eux la prochaine fois.

II - De tes collègues fraternellement ne médiras
Qu'en connaissance de cause et en leur présence seulement.

III - Pour témoigner ta gratitude et prouver de ton labeur l'amplitude
A qui de droit te référeras par d'abondantes citations.

IV - Oeuvre d'esprit ne désireras qu'en équipe, de préférence,
Pour mieux considérer les multiples facettes de la réalité sociale totale.

V - Les progrès de ta pensée et les fruits de ton travail dévoileras
Dans un langage clair et précis, sans céder au culte du Moi.

VI - Dussent en souffrir tes opinions, avec les faits jamais ne tricheras
Et, docteur ou pas, Thèse et Hypothèse, Dogme et Problématique ne confondras.

VII - Des spéculations philosophiques et de la logique mathématique te méfieras
Comme de deux diables qui deviennent anges conjointement.

VIII - Théorie-Pratique, Pensée-Action faux dilemmes pour toi seront
Si tu consens dialectiquement à les relier réciproquement.

IX - Dans la lutte politique ne t'engageras et parti ne prendras
Qu'en simple citoyen respectueux des autres moins savants que toi.

X - L'avenir sous toutes ses formes assurément ne prédiras
Qu'en référence à des charismes d'ultravoyance exclusivement.

XI - De la duperie des réponses positivistes aux problèmes sociaux te convaincras
Pour éclairer, et non envenimer, les nécessaires débats idéologiques.

XII - Le prestige de la Science au service de tous n'utiliseras
Que lorsque de la Science tes balbutiements mériteront le nom.

XIII - Des bons mécènes sans complexe ni vergogne les privilèges n'exploiteras
Qu'à condition de souscrire à ce code et de l'appliquer intégralement.


 Matthieu Hély  @  (02-03-2009 à 11h20)
Bonjour,
L'initiative d'une charte de déontologie des sociologues est intéressante. Il me semble que le texte n'évoque pas les pratiques de recrutement à l'université ou dans les organismes de recherche. Or, c'est un élément décisif.
Au moment où les postes de maîtres de conférence viennent d'être publiés, je me permets de signaler que l'Association des Sociologues de l'Enseignement Supérieur entreprend de poursuivre l'effort de transparence sur les procédures de recrutement. Vous trouverez la liste des postes publiés ici : http://groups.google.com/group/sociologuesdelenseignementsuperieur/web/postes-de-mcf-session-2009?hl=fr

Toutes les informations relatives aux auditions (membres du comité de sélection, candidats auditionnés et classement) sont les bienvenues.

Cordialement,
MH


 MH Léon  @  (02-03-2009 à 10h24)
Bonjour,
L'idée de rédiger une Charte est très intéressante.
Juste un mot pour évoquer une question.
Dans la partie 4, le paragraphe traitant de l'anonymat et de la confidentialité :
"Ils utilisent toutes les méthodes manuelles et informatiques appropriées pour garantir l’anonymat (usage de pseudonymes, fichiers informatiques séparés, etc…)."
Il me semble que l'utilisation des fichiers informatiques, dès lors qu'ils contiennent des éléments nominatifs, en France, doivent être déclarés à la Cnil.
Cordialement.


 Déchamp-Le Roux Catherine  @  (28-02-2009 à 16h11)
Le conseil de déontologie se doit d'avoir un fonctionnement démocratique.C'est la raison pour laquelle,je propose que ce conseil ne puisse prendre une décision d'exclusion de l'AFS qu'après avoir entendu les arguments de l'adhérent "accusé".C'est -en d'autres termes respecter-les droits de la défense.
Enfin,ce conseil n'est pas un tribunal et ne produira donc pas une jurisprudence-terme à réserver aux décisions des juridictions-mais des pratiques auxquelles on pourra se référer.


 Philippe Cibois  @  (25-02-2009 à 21h45)
Dans le texte de la charte, il est fait mention à la charte des thèses élaborée par l'ASES. Après des travaux préparatoires dont il est fait mention en archive sous le titre : "Chronologie du débat sur les Principes recommandés par l'ASES pour l'encadrement et l'évaluation des thèses en sociologie", un texte modifié a été voté lors de l'Assemblée générale de l'ASES 15 mars 2003, texte qui tenait compte des débats évoqués dans l'historique.
Le seul problème est que ce texte est introuvable et un appel est lancé ici pour retrouver le texte définitif, voté le 15 mars 2003. Merci d'avance.
Les archives disponibles sont à l'adresse http://www.afs-socio.fr/Archives-aft/Principes.htm
Le débat est intéressant, mais il manque le document final.


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