Cet ouvrage est issu d'un colloque international et pluridisciplinaire, tenu
en 2003 à l’Université de Versailles – Saint-Quentin-en-Yvelines,
pour tenter de rendre compte de la vitalité des recherches menées
actuellement en France et à l'étranger dans un domaine encore
mal (re)connu, du moins dans l’hexagone : l'étude des publics et
la sociologie de la réception des biens symboliques, quels qu'ils soient
: produits culturels et artistiques (littéraires, théâtraux,
cinématographiques, télévisuels, radiophoniques, presse
écrite…), mais aussi produits politiques dans une acception large
(discours, journaux de partis, «événements», «causes»
politiquement orientés…). Il s'agit, par une analyse des logiques
d'appropriation différenciées de tels biens, de comprendre les
processus sociaux de formation des œuvres et de leur « valeur »,
les déterminants de leurs réceptions et les usages sociaux et/ou
politiques qui en sont faits par les différents publics auxquels ils
sont ou non destinés en propre.
Plusieurs questions sont été abordées : quelles évolutions
ou inflexions ont connu les schèmes interprétatifs et les méthodes
dans ce champ de recherche ? Quelles sont les conditions d'une transmission
« efficace » d'un message quelconque ? Le producteur peut-il influer
sur cette réception « conforme » ? Comment et en quoi le
genre, les appartenances générationnelles, les caractéristiques
sociales, les trajectoires socio-biographiques (familiales, scolaires, professionnelles…)
influencent-ils les modes d'appropriation des messages et des produits ? Quels
sont les ressorts sociaux et les modalités d'appropriation des différents
messages, notamment concernant les réceptions « braconnes »,
dissonantes, décalées, éloignées du rapport cultivé
à « l’art » et à la « culture »
? Comment connaître les publics des genres dits « mineurs »,
i.e. disqualifiés eu égard aux canons de la culture dominante,
et saisir les usages qu'ils opèrent de ces produits apparemment «
formatés » ? Comment une œuvre circule-t-elle transnationalement,
comment est-elle reçue lorsqu’elle passe d'un univers culturel
à un autre, dans des conditions différentes de celles qui ont
procédé à sa production ?…
Cherchant à dépasser certaines oppositions traditionnelles (analyse
« interne » / analyse « externe » des œuvres),
ou encore les analyses mécanistes, forcément réductrices
(telle œuvre exprimerait la vision du monde de telle catégorie sociale
ou chercherait à transmettre son idéologie, tel « type »
de produit formaterait et encadrerait tel type de consommation…), les
études de sociologie de la réception tentent en effet de saisir
l'indissociabilité du procès de communication, sans séparer
ce que d'ordinaire on sépare : message, produit, texte… / émetteur,
auteur, producteur… / récepteur, public lecteur, spectateur...,
considérant notamment les activités de réception comme
créatrices de sens.
Contributeurs :
Martin Barker, Sara Bragg, David Buckingham, Isabelle Charpentier, Christine
Détrez, Boris Gobille, Vincent Guiader, Joseph Jurt, Brigitte Le Grignou,
Frédérique Matonti, Jean-Matthieu Méon, David Morley, Delphine
Naudier, Emmanuel Pierru, Rémy Ponton, Gisèle Sapiro, Lyn Thomas,
Fabrice Thumerel.
Sommaire :
« Avant-propos – Pour une sociologie de la réception et des
publics » (Isabelle Charpentier)
Introduction « On being ambitious for audience research » (Martin
Barker)
I. Réceptions des produits littéraires : modalités, enjeux,
usages
« Les Goncourt, observateurs et agents des réceptions de leurs
écrits » (Rémy Ponton)
« Du sacre de L’Origine rouge (2000) à la consécration
de Novarina (ou comment un avant-gardiste devient classique) » (Fabrice
Thumerel)
« ‘Nous sommes tous des Roméo et des Juliette’... -
La réception d’adaptations d’œuvres littéraires
» (Christine Détrez)
II. Du public aux publics : publics « populaires », genre, générations
« La construction et l’interprétation de l’appartenance
de classe dans les études qualitatives de réception » (Lyn
Thomas)
« ‘I think I am too young to understand’ : young people,
the media, gender and sexuality” (Sara Bragg & David Buckingham)
« Lectrices et lecteurs de Passion simple d’Annie Ernaux : les enjeux
sexués des réceptions d’une écriture de l’intime
sexuel » (Isabelle Charpentier)
III. Réceptions présumées politiques
« Réceptions présumées politiques » (Brigitte
Le Grignou)
« Nous les Garçons et les Filles – Un cas limite de réception
présumée politique » (Frédérique Matonti)
« Le refus de vieillir – Mai 1968 dans la réception critique
des romans d’Olivier Rolin en France » (Boris Gobille)
« L’extension du domaine de la réception – Les appropriations
littéraires et politiques des Particules élémentaires de
Michel Houellebecq » (Vincent Guiader)
« Analyses de la réception et contrôle des programmes télévisés
: le recours paradoxal du CSA à la question des effets des médias
» (Jean-Matthieu Méon)
IV. Réceptions transnationales
« Réceptions littéraires transnationales - L'accueil du
naturalisme français en Allemagne » (Joseph Jurt)
« Les enjeux politiques de la réception de la littérature
hébraïque en France » (Gisèle Sapiro)
« Les modes de traitement différencié des fatwas contre
Salman Rushdie et Taslima Nasreen dans Le Monde » (Delphine Naudier)
« La réception et la circulation internationales d’un préjugé
social et militant devenu une fiction rationnelle : l’autoritarisme d’extrême
droite des chômeurs » (Emmanuel Pierru)
Synthèse - “Unanswered Questions in Audience Research” (David
Morley)