RT 1 Savoirs, travail, professions


Responsable(s) : Charles Gadea

Descriptif : Le réseau thématique « Savoirs, travail et professions » se propose de fédérer l'ensemble des sociologues spécialisé(e)s dans l’étude d’un métier, une profession, un groupe professionnel ou un segment de groupe professionnel donné, mais il entend également accueillir très largement les collègues en provenance de tous les champs de la sociologie, dont le domaine d’études concerne la construction, la transformation, la transmission ou la mise en œuvre des savoirs dans le cadre des activités de travail.

Bureau : Eliane Bautzer, Régine Bercot, Romuald Bodin, Marlaine Cacouault, Frédéric Charles, Emmanuel de Lescure, Sophie Divay, Charles Gadea, Frédérique Leblanc, Xavier Roux

Contact : Charles Gadea

Site internet : http://rt1.cereq.fr

RT 1 Savoirs, travail et professions
Grenoble 2011

ENVOI DES COMMUNICATIONS

Les résumés (3 000 signes espaces compris) seront envoyés au plus tard le 30 janvier 2011 et devront répondre aux normes suivantes  :

  • Nom, prénom du/des auteur-e-s
  • Institution de rattachement
  • Adresse mail
  • Titre de la communication
  • Résumé de la proposition

Adresse à laquelle envoyer les résumés des communications pour les sessions du RT1 : sophie.divay@univ-paris1.fr

Merci de bien vouloir d’indiquer en objet de votre message : « RT1 proposition »

Pour les sessions jointes, l’adresse à laquelle envoyer la communication est précisée dans chaque session.

APPEL A COMMUNICATIONS

Innovation et création : une affaire de métiers ?

L’analyse sociologique des professions et des groupes professionnels requiert une prise de distance envers les notions un peu floues d’innovation et de création, en particulier à cause des usages rhétoriques dont elles peuvent faire l’objet.

Nombre de professionnels se proclament créateurs par définition, au point de faire parfois de cette propriété revendiquée l’intitulé de leur métier (créatifs de la publicité, créateurs de bijoux fantaisie...). Cela ne les empêche pas nécessairement de faire appel à des pratiques routinières ni de ressembler fortement dans leurs procédés de travail ou leur mode d’organisation à d’autres qui ne cherchent pas à se couvrir de cette étiquette. De même, l’innovation doit certainement être considérée davantage comme une catégorie-enjeu que comme la désignation d’une réalité tangible. Elle peut relever de décisions imposées de manière autoritaire à des professionnels qui se verront accuser de « conservatisme » s’ils résistent aux injonctions « modernisatrices » de la hiérarchie, même dans le cas où les réformes en question représentent des régressions du point de vue des acquis sociaux ou des conditions de travail.

Ces réserves incitent certes à la prudence dans l’usage de ces termes, mais n’impliquent pas pour autant leur rejet pur et simple. Les professionnels qui revendiquent le mandat de créer se placent dans un rapport bien spécifique à leur activité et s’obligent à produire des signes qui justifient le titre auquel ils prétendent. Les « innovateurs », même lorsqu’ils ne le seraient qu’en paroles, peuvent susciter des conflits, des alliances, des ralliements, et faire advenir des situations inédites, faisant passer les relations professionnelles à un état différent de celui où elles étaient.

Plus largement, l’existence même des groupes professionnels est le résultat d’un processus permanent de création de nouvelles spécialisations et de destruction de métiers  (parfois très éphémères), qui manifestent le caractère dynamique de la division du travail. C’est aussi dans la mesure où les savoirs et les techniques font l’objet de l’appropriation par une communauté professionnelle qui se consacre de manière spécifique à leur usage et leur perfectionnement que les « arts et métiers » ont pu se développer dans l’histoire.  Comme le montrent l’histoire de l’art, celle des sciences et de bien d’autres domaines, l’émergence de la figure du professionnel d’une activité se traduit par  l’accélération du rythme de son évolution en termes de mobilisation et valorisation de connaissances et savoir-faire. L’existence de professionnels devient en ce sens une condition de l’innovation, et réciproquement : les techniques nouvelles, lorsqu’elles s’imposent, font naître des métiers spécialisés dans leur usage, qui à leur tour transforment les techniques.

Afin de centrer les débats et de favoriser la cumulativité des recherches, nous proposons d’explorer les facettes de cette problématique en partant de huit approches complémentaires. En outre, deux sessions jointes seront organisées, l’une en collaboration avec le RT 31 (sociologie du sport et des activités physiques), l’autre avec le RT 38 (sociologie de l’environnement et des risques).

Sessions du RT 1

1- Innovation et dynamiques professionnelles : Professionnalisation, déprofessionnalisation, destruction

Les processus d’innovation technique ou organisationnelle passent par l’interaction et la coopération de divers acteurs relevant d’un nombre variable de groupes professionnels (ou de segments de groupes). Dès lors, est-il possible de repérer des configurations professionnelles plus propices que d’autres à l’adoption des innovations ? Et, inversement, y a-t-il des types d’innovation plus favorables que d’autres à la création, la stabilisation et la reconnaissance de nouveaux groupes professionnels (ou segments de groupes) ? A quelles conditions les innovations ne débouchant pas sur l’apparition de nouveaux groupes ont-elles cet effet créatif ou stabilisateur ? Dans quels contextes ont-elles une incidence plus marquée sur les acteurs déjà en présence, conduisant ces derniers à réorienter leurs stratégies, à ajuster et renégocier leur position et entraînant ainsi une transformation morphologique du groupe ? Quels sont les effets des innovations sur les recompositions des savoirs professionnels et des formations qui en régulent l’accès ? Quel est le rôle joué par l’État dans la délimitation des attributions professionnelles consécutives à une innovation ? Si l’innovation est souvent perçue comme une des causes de l’émergence d’un nouveau groupe professionnel (ou d’un nouveau segment de groupe), n’est-elle pas aussi génératrice de déprofessionnalisation ? Doit-on appréhender l’innovation uniquement dans la perspective des créations qu’elle génère ? Prenant acte du fait que, comme tout groupement humain, les groupes professionnels peuvent disparaître, ne devrait-on pas également chercher à rendre compte des destructions professionnelles qui ont une innovation pour origine ?

2- Les métiers de la création et de l’innovation

Il s’agira ici de porter le regard sur les groupes professionnels qui reçoivent ou revendiquent le mandat d’innover afin de dégager leurs spécificités mais également leurs points communs avec d’autres professions. On s’interrogera sur les parcours de formation, les processus cognitifs et les différents modes de socialisation professionnelle qui structurent leur accès au marché de l’emploi. De même, il s’agira en analysant l’organisation et la division du travail inhérentes à ces groupes professionnels de dégager, à travers notamment les discours sur l’activité professionnelle, les différents rapports à la profession, ainsi que la place occupée ou recherchée dans la division morale du travail.

3- Rhétoriques professionnelles de l’innovation et de la création

En quoi les rhétoriques de l’innovation ou de la création peuvent-elles être utiles aux groupes professionnels ? Ces notions d’innovation et de création ont-elles un sens précis ou bien se révèlent-elles polysémiques et comparables à des expressions favorisant le consensus et l’adhésion à un discours dont l’efficacité repose sur la force de l’évidence ?

La revendication d’un pouvoir de création et de pratiques innovatrices est susceptible de représenter une tactique offensive ou défensive dans le cadre de luttes entre différentes professions dont les enjeux portent sur la conquête d’une légitimité et d’une autonomie, ou encore sur une tentative d’extension du territoire de compétences. De telles finalités ne seraient être atteintes sans la participation de porteurs et de diffuseurs de rhétoriques dont le travail de persuasion vise un ensemble de destinataires situés tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du groupe professionnel. L’identification de ces passeurs et utilisateurs de rhétoriques est alors indispensable à l’analyse tant l’« efficacité du discours performatif qui prétend faire advenir ce qu’il énonce dans l’acte même d’énoncer est proportionnelle à l’autorité de celui qui l’énonce ».[1]

Cet axe d’analyse diffère du précédent dans la mesure où le recours à la rhétorique de l’innovation concerne potentiellement tous les métiers et pas uniquement ceux qui se définissent comme créatifs. Il s’en écarte également en retenant seulement la dimension rhétorique de l’innovation, sans étudier pour eux-mêmes les métiers concernés. 

4- Injonctions à l’innovation

Certains groupes ou certains segments professionnels sont en mesure d’imposer à des professionnels proches ou à l’ensemble d’un secteur des normes ou des procédés dont ils sont les promoteurs. On peut penser aux prescriptions médicales répercutant sur l’ensemble des professions de santé l’évolution des moyens techniques et des méthodes thérapeutiques, mais aussi aux économistes et décideurs politiques imposant aux médecins et au monde des professions de santé les résultats de leurs calculs de rationalisation des dépenses, ou encore aux normes internationales (élaborées par quels professionnels ?) s’appliquant à la circulation des marchandises ou des services, sans parler des inventions du management qui rythment les réorganisations périodiques du travail des salariés.

Comment, par quels groupes professionnels ou fractions de ces groupes professionnels, les injonctions à l’innovation sont-elles utilisées, et à quelles fins ? S’agit-il de conquérir ou de fortifier un territoire, de gagner en autonomie et/ou en pouvoir d’agir, d’assoir une domination ? Quel est le contenu de ces injonctions et de quel pouvoir coercitif sont-elles dotées ? Quelles sont leurs incidences (pour le groupe émetteur comme pour le groupe cible) sur le mode de recrutement, la formation, l’accès au groupe professionnel, le déroulement des carrières ? De quels arguments les professionnels qui défendent une autre conception de l’évolution de leur domaine de compétence, de leurs manières de faire, etc. peuvent-ils se prévaloir, quelles stratégies adoptent-ils pour résister ou contre-attaquer? En d’autres termes, quelle est la marge de manœuvre entre adhésion et opposition frontale à ces injonctions, et comment jouent, voire gagnent, ceux qui l’utilisent ?

5- L’identité professionnelle au prisme du travail par projet

Le travail par projet présente la particularité de rassembler des équipes qui ne sont pas vouées à la permanence et dans lesquelles la coopération ne dure que le temps de la mobilisation autour d’un objectif bien délimité.

Ces équipes peuvent se remanier d’un projet à l’autre, y compris en recomposant la palette des métiers et spécialités représentés, ce qui produit des configurations mouvantes de coopérations interprofessionnelles.

Chaque professionnel se trouve ainsi confronté à la nécessité d’ajuster la définition des savoirs qu’il prétend maîtriser et de regénocier le cadre de son intervention avec les autres professions. Il y donc dans le travail par projet une sorte de ferment de recomposition des métiers, voire de dissolution, dans le cas où la répétition des redéfinitions de l’intervention finit par brouiller les frontières et les identités professionnelles.

Mais en même temps, le travail par projet se réalise souvent dans une certaine permanence : une partie des membres de l’équipe précédente se retrouve dans la suivante, les projets et les méthodes présentent des similitudes et des régularités, de même que le cadre institutionnel ou les conditions de marché. Une forme de routine du projet est donc possible, de même qu’il est concevable qu’au lieu de « saper » l’identification subjective au métier, le travail par projet agisse comme un stimulant, ou plutôt comme une arène où se rejoue à chaque fois la revendication de compétences et prérogatives professionnelles.

6- Métier et tradition : quels liens ?

L'alliance entre « métier » et « tradition » que reflète la notion de métier traditionnel est une habitude de pensée répandue, qui gagnerait à être déconstruite. Des métiers dits traditionnels utilisent les dernières innovations techniques ou organisationnelles pour maintenir ou renforcer leur légitimité (chamanes exerçant en cabinet de groupe, bergers utilisant le GPS) ; à l'inverse, des caractéristiques « traditionnelles » sont parfois mises en avant pour renouveler l'image du métier (boulangers qui vendent des produits « rétro »); la notion de métier peut être à la fois revendiquée et rénovée (artisans qui se réclament de « la première entreprise de France »). On peut ainsi repérer des formes variables, parfois complexes, d'alliance et/ou d'opposition entre métier et innovation, liées à des configurations historiques particulières.

7- Dynamique interne du groupe professionnel et évolution/innovation dans son champ d’activité

La dynamique interne d’un groupe professionnel et les changements/innovations qui se produisent dans son champ d’activités constituent deux processus évolutifs différents, mais qu’il est intéressant de relier. On peut ainsi se demander dans quelle mesure les transformations morphologiques du groupe rejaillissent sur les pratiques professionnelles, comme le suggèrent en particulier les travaux sur la féminisation des professions. La même question peut se poser à propos des différences de pratiques, de valeurs ou de normes qui peuvent apparaître selon les générations, ou à propos des effets de la transformation des niveaux et filières de formation, ou encore au sujet des conséquences de l’ouverture d’un groupe à de nouveaux arrivants (praticiens étrangers, immigrés, minorités, couches sociales peu représentées auparavant dans le groupe…).

Réciproquement, on peut se demander comment des changements de l’environnement (qui peuvent concerner aussi bien les techniques, l’organisation du travail, la situation du marché, les conditions politiques et juridiques d’exercice…) se traduisent par une altération de la composition interne du groupe professionnel et/ou par un réaménagement des relations entre ses divers segments. 

8- La création de nouveaux diplômes et de nouvelles certifications : quels effets sur la dynamique des groupes professionnels ?

L’émergence de nouveaux métiers et de nouvelles qualifications professionnelles intéresse beaucoup les branches professionnelles, les pouvoirs publics et les différents ministères en charge de l’éducation et de la formation, qui ont la responsabilité de délivrer diplômes et titres professionnels. Différents outils sont mobilisés à cet effet, tels que les études de prospective des métiers, commanditées par le gouvernement ou par les branches professionnelles, ou les observatoires de prospective des métiers et des emplois, rendus obligatoires par la loi du 4 mai 2004 relative à la formation tout au long de la vie et au dialogue social. Tandis que des emplois, des métiers et des groupes professionnels disparaissent sous l’effet des évolutions du travail et de l’emploi, d’autres voient le jour ou bien se reconfigurent. Pour les rendre visibles, attirer un public et favoriser leur pérennisation, de nouveaux diplômes et titres sont régulièrement créés. Cette création peut être réclamée par une fédération patronale, un groupe professionnel ou être instituée par les pouvoirs publics.

Par exemple, la mise en place de plusieurs diplômes et titres dans le champ de l’aide aux personnes répond ainsi à une volonté politique de développer le nombre des salariés, de garantir leur professionnalisation et de leur assurer des carrières. Il s’agit ici de participer à la constitution d’un groupe professionnel dans le domaine sanitaire et social, qui rassemble déjà plusieurs professions.

Nombreux sont les secteurs d’activité concernés par l’irruption de nouveaux diplômes et certifications (comme les certificats de qualification professionnelle, délivrés par les commissions paritaires nationales de l’emploi et de la formation des branches professionnelles). Si l’on en croit la multiplication des licences professionnelles et des masters professionnels, nombreux sont aussi les besoins des organisations productives.

La production ininterrompue de nouveaux titres et diplômes renvoie-t-elle à la mise en place de nouvelles qualifications professionnelles ou de nouvelles professions ? Quels sont les liens entre ces diplômes et les activités qu’ils visent ? Participent-ils à l’institutionnalisation des métiers, à l’heure où certaines professions les mieux établies semblent remises en cause ? Dans quelle mesure contribuent-ils à la dynamique des groupes professionnels, par les ruptures et les ouvertures qu’ils provoquent (en permettant l’instauration de nouvelles normes de recrutement et de gestion des ressources humaines, par exemple) ?

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Sessions jointes

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RT1 et RT 31 « Sociologie du sport et des activités physiques »

Innovation et création dans le travail sportif : de quoi et de qui parle-t-on ?

Le monde du travail sportif participe de manière emblématique aux logiques de la création et de l’innovation, ressorts indispensables de la performance (qui peut elle-même d’une certaine façon être perçue comme une innovation : un record est toujours une « première fois »). C’est aussi au  monde sportif que les entreprises empruntent certaines manières de concevoir et désigner les professionnels porteurs de l’innovation : manager, coach, sont des termes qui viennent du vocabulaire sportif.

Mais les questionnements que soulève la problématique de l’innovation sont beaucoup plus larges : l’innovation se manifeste dans les transformations de la division du travail, dans l’émergence de nouveaux métiers, dans les configurations mouvantes que dessinent les relations entre divers groupes professionnels  (jeux d’alliances, concurrences, coopérations et conflits de juridiction…). La dynamique des groupes professionnels (féminisation, transformation des propriétés sociales des professionnels) constitue par elle-même un facteur d’innovation, c'est-à-dire de changement dans les manières de pratiquer en professionnel une discipline sportive ou un métier du monde du sport.

On peut alors s’interroger sur la nature et les processus de production et de diffusion de ces innovations professionnelles. Quels sont les mécanismes de régulation à l’œuvre ? Qui en sont les acteurs ? Peut-on concevoir une innovation sans contestation ? Ainsi, la création d’une nouvelle activité professionnelle ou l’évolution d’une activité par la mise en œuvre de nouvelles compétences renvoient-elles nécessairement à des conflits de territoires ? On pense notamment dans le monde de la performance sportive à la division du travail opérée autour de l’activité d’entraîneur qui a vu la création et l’institutionnalisation de nouveaux métiers : préparateurs physiques, préparateurs psychologiques…. avec aujourd’hui des diplômes mais aussi des revendications de droit à l’exercice émanant d’autres professions comme les psychologues par exemple. Evidemment, la haute performance ne détient pas le monopole de l’innovation/création et tous les univers du travail sportifs sont touchés.

Dans la continuité, il faut aussi s’interroger sur la question des relations avec les autres mondes professionnels. Nombre de sportifs de haut niveau ou entraîneurs deviennent aujourd’hui des consultants en entreprise. Ils y apprennent l’esprit d’équipe et les recettes du « bon management » à des cadres avides d’enrichir leurs compétences. A l’inverse, les organisations sportives « en pleine professionnalisation » sont de plus en plus tournées vers les activités et les compétences mobilisées par l’entreprise pour être performante. Cette situation ne manque pas de générer des mécanismes de protection et de revendications professionnelles qui renvoient aux modes de régulation en place. De toutes évidences ces processus d’innovation et de création questionnent l’idée de changement sous l’angle de la continuité ou de la rupture.

Les propositions pourront être envoyées à Fabrice Burlot fabrice.burlot@insep.fr ou à Charles Gadea  charles.gadea@uvsq.fr

RT 1 et RT 38 « Sociologie de l’environnement et du risque » 

Ecologisation des métiers et gouvernement des conduites

Cette session interrogera la réalité et l’extension de la « révolution écologique » du point de vue des professions : dans quelle mesure la montée de la modernisation écologique dans les discours et les politiques publiques se traduit-elle dans les pratiques et les identités professionnelles ?

On s’intéressera à l’émergence de métiers dits verts et à la transformation de métiers traditionnels dont on peut penser qu’ils sont fortement influencés par cette « révolution » (agriculture, sylviculture, ingénierie de la conception, petite et grande distribution…). On examinera le jeu entre redéfinition et permanence des identités, des normes et des pratiques professionnelles ainsi que les tensions et les dispositifs socio-techniques qui lui sont sous-jacents. Les arguments par lesquels les professionnels justifient leur « mandat » en mettant en avant les bienfaits écologiques résultant de leur intervention ou en minorant les dégâts, ainsi que les formes de « licence » (droits et possibilités réservés aux professionnels) qu’ils revendiquent feront l’objet d’une attention particulière, de même que les jeux d’alliances, les tensions et rivalités entre groupes professionnels que fait naître cette écologisation des pratiques et des discours. 

Les propositions attendues pourront être à caractère monographique et porter sur un métier particulier ou être plus transversales et concerner une configuration de métiers.

Elles doivent être adressées à Jacqueline Candau jacqueline.candau@cemagref.fr et à Charles Gadea charles.gadea@uvsq.fr


[1] Bourdieu Pierre, Ce que parler veut dire. L’économie de échanges linguistiques, Paris, Fayard, 1982, p.140