RT13 Sociologie du droit et de la justice |
Responsable(s) : Rachel Vanneuville, Anne Revillard Descriptif : Le RT sociologie du droit et de la justice a pour vocation de réunir les chercheurs et doctorants en sciences sociales travaillant à titre principal sur le droit ou la justice, ou rencontrant ces questions à travers d'autres objets. Il s'agit aussi de participer à la consolidation de ce champ disciplinaire en France et d’engager des collaborations avec les associations du même type existant dans d’autres pays. Ayant la volonté de représenter la pluralité des courants de recherche et des méthodes, le RTF se donne pour objet l’analyse des acteurs et des catégories juridiques et judiciaires dans leur diversité. Le droit est mobilisé par des profanes comme par des professionnels, véhiculé par et dans des institutions juridiques, juridictionnelles ou non spécialisées (administrations, associations, entreprises), et inscrit dans des dispositifs, des pratiques, des textes. L’ambition du réseau est aussi de prendre en compte les dimensions historique et comparative dans l’analyse du droit et de la justice. Bureau : Pedro Barros Geraldo, Benoit Bastard, Anne Boigeol, Vincent-Arnaud Chappe, Laurence Dumoulin, Claire de Galembert, Liora Israël, Romain Melot, Cédric Moreau de Bellaing, Antoine Pelicand, Jerôme Pelisse, Elodie Pinsard, Rachel Vanneuville, Antoine Vauchez, Carolina Vergel Tovar Contact : Rachel Vanneuville, Anne Revillard Site internet :
Les sessions du RT13 sont ouvertes à tous ceux qui analysent les phénomènes juridiques avec les outils conceptuels, théoriques et méthodologiques des sciences sociales. Par droit, on entend ici non seulement les textes juridiques (doctrine, codes, jurisprudence, règlements, contrats) qui le composent, mais aussi les acteurs professionnels ou profanes qui les élaborent, les manient ou s’y réfèrent pour juger, les conventions et les institutions qui le soutiennent, les dispositifs et les pratiques dont le fonctionnement est influencé par lui. Ce droit en action, traversé par la société autant qu'il la traverse, sera l'objet d'analyses sociologiques s'appuyant sur des bases empiriques solides, sans exclusive de méthode ni de courant d'analyse. Nous espérons que se retrouveront dans nos travaux à la fois ceux qui mettent le droit et la justice au cœur de leurs investigations et ceux qui, sans forcément l'avoir prévu, rencontrent le droit dans leur enquête sous la forme d'acteurs spécialisés, d'arènes judiciaires ou encore de législation. Des rencontres et ouvertures vers d’autres disciplines nous semblent extrêmement riches : avec le droit bien sûr mais aussi avec l’anthropologie, l’histoire ou encore la science politique. Enfin, des croisements et des comparaisons seront recherchés : entre pays et/ou cultures juridiques ; entre sociologies, notamment en comparant la sociologie du droit et d'autres sociologies des savoirs ; entre périodes historiques, les approches comparative et socio-historique apparaissant particulièrement heuristiques. Un des domaines centraux de la sociologie du droit est celui de la production du droit. Celle-ci n’implique pas simplement l’étude de la fabrique du droit par le législateur. Elle peut-être abordée à travers l’étude des différents acteurs et auteurs du droit : professionnels du droit, gouvernants, partis, mouvements sociaux, groupes d’intérêts, experts, individus. Elle peut l’être à partir de l’étude de la trajectoire d’un litige ou de la carrière d’un problème public ou de l’analyse de certaines étapes du processus : transformation d’un conflit en litige, procès, délibération, motivation dans le cas judiciaire ; mise à l’agenda législatif, travail des commissions, débat parlementaire, rédaction d’une loi dans le cas législatif ; élaboration des décrets d’application, des circulaires qui appelle un travail de type juridique par les bureaux des ministères. Elle peut l’être aussi bien en partant de la genèse d’une loi ou d’une décision qu’en se focalisant sur ses mises en œuvre (de la rédaction d’un texte à l’énonciation du droit au guichet sans oublier les passe-droits ni les passes qu’ouvrent le droit…). 2/ Les « nouveautés » dans le droit En tant qu’instrument de coordination sociale et de résolution des litiges, le droit s’appuie sur un ensemble d’outils et de techniques, procéduraux ou substantiels, mis au service de son effectivité. Bien loin alors d’être un corps amorphe et atemporel, le droit connait des dynamiques d’évolution en interaction avec le contexte sur lequel il agit. Evolution des formes de contrat, de la procédure judiciaire, des modes de preuve, de la répartition des rôles dans le monde juridique : la liste est longue (et non exhaustive) des éléments du droit pris dans des dynamiques d’évolution et d’innovation, incrémentales ou radicales. Par ailleurs, de nouvelles institutions, de nouveaux outils et catégories juridiques émergent et renouvellent le droit. Comment rendre compte alors de l’apparition des « nouveautés » dans le droit ? 3/ Les mécanismes de création par le droit : circulations, traductions et transferts Parmi les travaux qui s’attachent à étudier les processus de circulations, d’import-export de modèles et d’institutions, la question de la « diffusion du droit » (law diffusion), de la promotion et de la circulation de valeurs liées (comme les valeurs démocratiques, la défense des droits), des normes juridiques (legal transplants) et des modèles de justice est un point focal qui intéresse bien des auteurs, au confluent de plusieurs disciplines, la sociologie bien sûr mais aussi la science politique et le droit. Sans exclusive quant aux théories mobilisées, les travaux accueillis dans le cadre de cette session s’intéresseront aux conditions, aux acteurs, aux mécanismes mais aussi aux effets de ces processus de circulation de normes, à différentes échelles, internationale, nationale ou infranationale. Des exemples comme ceux de la justice actuarielle, de la justice restauratrice, de la common law / du droit écrit, pourront par exemple être traités. Il s’agira de comprendre les luttes entre ces modèles concurrents, les acteurs qui les portent, leurs intérêts et leurs visions. Ce qui nous intéressera ici c’est bien de saisir comment certains principes, certaines philosophies juridiquement exprimés parviennent ou pas à s’imposer, aux termes de quels processus de traduction et avec quels effets sur la réalité sociale. 4/ Les innovations saisies par le droit Le droit, s’il est « flexible » comme l’affirmait Jean Carbonnier dans un ouvrage célèbre, se trouve parfois « pris en défaut » devant des problèmes nouveaux, en particulier posés par des innovations scientifiques ou techniques, qui font apparaître ce qui est souvent qualifié de « vide juridique ». Quelles sont les situations dans lesquelles émergent de tels constats ? Qui en sont les porteurs, et avec quels objectifs ? Voici un premier ensemble de questions, qui permettra sans doute de montrer qu’il n’existe pas d’automaticité en la matière : en effet, bien souvent, le droit s’adapte dans la mesure où ses praticiens mobilisent les ressources à leur disposition pour lui permettre de résoudre des problèmes nouveaux. 5/ La construction juridique de la réalité Selon Pierre Bourdieu, le droit est « la forme par excellence du discours agissant », capable de « faire le monde social ». Cette performativité sociale du droit reste cependant floue et mal connue. Par exemple, que faut-il entendre par faire le monde social ? Une telle question invite à s’interroger sur la « nature » de la force créatrice du droit : celle-ci se réduit-elle à la consécration apportée par le droit à des visions et divisions du monde établies ? Le droit peut-il être utilisé comme un outil d’innovation sociale ? Parallèlement, il convient d’expliquer comment, à quelles conditions et dans quelle mesure, le droit peut faire le monde social : quelles sont les configurations spécifiques (sociales, historiques ou politiques) qui rendent le droit « agissant » ? Au travers de quelles luttes, de quels processus sociaux ou encore via quels instruments, le droit parvient-il à façonner la réalité ? Y a t-il des secteurs de la vie sociale imperméables à l’efficace juridique ? Plus largement, ces questions invitent également à mettre à l’épreuve la portée symbolique souvent attribuée au droit, en questionnant les effets pratiques de cette capacité qu’il aurait à produire un ordre symbolique. 6/ Le renouvellement des savoirs en sociologie du droit Le droit est un objet que la plupart des paradigmes en sociologie ont successivement investi. La sociologie du droit s’est ainsi transformée et enrichie au rythme de l’émergence de nouvelles approches et de nouvelles méthodes sociologiques depuis le début du XXe siècle. Cet axe de recherche sera l’occasion d’explorer les évolutions et les innovations les plus récentes repérables au sein de la sociologie du droit, depuis la relecture de l’ethnométhodologie sous l’angle d’une praxéologie du droit (Dupret, Ferrié, Barthélémy), jusqu’aux couplages inédits, par exemple entre droit et littérature (Ost, Biet) en passant par le développement de la légisprudence (Wintegens) ou le dynamisme actuel de la sociologie politique des droits. La liste des approches susceptibles d’intéresser cet axe n’est évidemment pas close. Les propositions de communication (deux pages maximum précisant les méthodes employées et les terrains étudiés) devront être adressées avant le 15 décembre 2010 aux deux responsables du RT13, par voie électronique :
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