RT17 Gestion politique du corps et des populations


Responsable(s) : Dominique Memmi, Gilles Raveneau, Emmanuel Taïeb

Descriptif : Fondé en 2003, dès la création de l’Association Française de Sociologie, le Réseau thématique 17 s’intéresse à la dimension somatique des agents sociaux et à la façon dont elle est administrée par le monde social, et plus spécifiquement, par les institutions. Le réseau vise ainsi à réfléchir aux renouvellements contemporains qui ont affecté la régulation publique des usages du corps humain et l’administration des populations dans leur rapport à leur santé et à leur devenir physique. Au Congrès 2006 de l’AFS, le Réseau a examiné les transformations politiques à l’œuvre dans le rapport au mourir, des soins palliatifs à l’euthanasie, et des nouveaux rituels funéraires à la législation sur les cendres des défunts. Puis, du rapport au cadavre et plus généralement à la matérialité corporelle en fin de vie, le RT 17 a déplacé son intérêt vers les objets suscitant le dégoût. Après une première Journée d’études en janvier 2008 à la MSH à Paris, intitulée « Humeurs et dégoût : du dispositif à l’institution », où il s’agissait d’analyser les dispositifs institutionnels et politiques chargés d’encadrer les humeurs ou excrétions du corps jugées dégoûtantes, la réflexion a porté sur la régulation institutionnelle du dégoût. Les sessions du Réseau, lors du Congrès 2009, portaient sur le « dégoût d’institution », soit le rôle joué par les institutions lorsqu’elles ont à administrer des corps, des populations et des individus suscitant socialement dégoût, répulsion ou réprobation. Si la première journée d’étude avait privilégié une approche anthropologique, la suivante ambitionnait de travailler davantage dans une perspective de sociologie et de science politique. Dans ces disciplines, la question du corps n’a en effet pas toujours la légitimité qui lui revient et une recherche sur le dégoût peut susciter d’autant plus de résistances qu’elle porte à l’extrême l’attention à la matérialité et à la réactivité corporelles. Un premier bilan de ce travail est en cours de publication : un numéro de la revue Ethnologie Française (2011-1), intitulé « Anatomie du dégoût », paraîtra début 2011.
Entreprenant de généraliser la réflexion induite par le travail accompli par le réseau jusqu’ici, l’appel à communications pour le Congrès 2011 porte sur les métamorphoses du rapport du monde social et des institutions à l’organicité et au biologique.

Bureau : Bruno Bertherat, Alain Giami, Dominique Memmi, Florence Ollivier, Gilles Raveneau, Emmanuel Taïeb.

Contact : Dominique Memmi, Gilles Raveneau, Emmanuel Taïeb

Site internet : non développé à ce jour

 

Appel à communication pour le 4e Congrès de l’AFS
Grenoble, 5 - 8 juillet 2011

Réseau thématique 17
Gestion politique du corps et des populations

Les métamorphoses du biologique.
La tension entre attirance et répulsion pour le « naturel » : des normes aux dispositifs institutionnels.

L’« arrangement » entre maîtrise technicienne et médicale du corps et valorisation du naturel et de l’organicité n’a cessé d’évoluer dans l’histoire. Il renvoie à une tension, un équilibre paradoxal, entre nécessité de contrôler la dimension biologique du corps individuel, sa dimension organique, ses excrétions, ses débordements, c’est-à-dire sa massive présence corporelle ; et nécessité de revenir à la nature, à une authenticité perdue dans la société urbaine et industrielle, et de rendre aux individus leur rapport censément perdu à leur corporéité et leur environnement. Dans les années 1960-1970, cet arrangement s’est traduit ainsi à la fois par une injonction au contrôle de la procréation et de la mort (évacuation hygiéniste des cadavres, « déni de la mort », etc.), en même temps que par un retour hédoniste à la nature (accouchement naturel, naturisme, début de la production « bio », retour à la terre et discours « écologique » au sens large).
Quarante ans après, quelles formes prend cet arrangement ? On assiste à de nouvelles invites institutionnelles et sociales à retrouver la nature mais elles accompagnent de fortes tendances inverses. L’invitation à contempler l’organicité des sujets (recours croissant à la thanatopraxie, présentation et photographie des cadavres), n’entrave pas la forte croissance du recours à la crémation et à la dispersion des cendres. La valorisation du tout « bio » flanque l’ardente obligation à la pasteurisation de nos vies quotidiennes – lavages de mains, port de masques médicaux, nourriture sous plastique – portée notamment par les politiques publiques de santé. Ou encore, certes sur un tout autre terrain apparemment, l’adhésion enthousiaste aux filiations choisies (adoptions, familles recomposées, parrainages) et à l’artificialité (procréation médicalement assistée) s’accompagne désormais d’une aspiration à reconstituer sa filiation biologique (pour les enfants adoptés, ceux nés sous X, et aujourd’hui, ceux nés d’un don de gamètes).
Il s’agira ici de repérer cette tension dans ses formes tant historiques (XVIIIe-XXIe siècles) que contemporaines, en s’appuyant sur des situations et des objets concrets, des interactions, des pratiques et des discours normatifs déterminés, portés par des professionnels spécifiques, dont les professionnels de la politique. Le rôle particulier –  et souvent très actif – joué en cette matière par les institutions méritera aussi d’être analysé.
L’attention devrait être portée à l’analyse des espaces sociaux, des gestes, des postures, des aménagements concrets que dictent chacune des tendances contradictoires de cet arrangement, mais aussi leur essai de réconciliation. L’analyse des affects mobilisés autour de ces arrangements (« goût » pour le bio, attirance pour l’allaitement, « beauté » des morts, mais « dégoût », à l’inverse, pour une organicité trop appuyée, etc.) sera tout particulièrement bienvenue. Tout comme la mise en valeur des formes historiques – et sans doute socialement situées – les plus stabilisées de compromis entre ces tendances contradictoires (valorisation de l’enfant, mais sans handicap ; exposition du cadavre, mais esthétisé ; manger à satiété mais manger « bio »). Car à travers ces compromis, ce qui se négocie ici c’est la place toujours mouvante et disputée que nos cultures accordent à la nature.

Autant de questions que nous souhaitons voir traitées dans la diachronie autant que possible et à l’aide de données empiriques attestées, c’est-à-dire à travers l’analyse de pratiques effectives ou de corpus bien délimités de discours.

Les démarches faisant appel à plusieurs disciplines seront les bienvenues.

Les propositions de communication (3000 signes maximum, espaces compris) présenteront le ou les thèmes auxquels se rattache leur intervention, l’objet de la recherche, le questionnement et la problématique, le terrain, les catégories et le nombre de personnes interrogées (ou à défaut, les corpus systématiques de sources sur lesquels ils s’appuient si ce travail n’est pas lié à un terrain).
Les propositions comprendront les éléments suivants dans l’ordre d’apparition :

  • Nom, prénom du/des auteur-e-s
  • Fonction et institution de rattachement
  • Adresse mail
  • Titre de la communication
  • 5 mots clés
  • Proposition de communication (3000 signes maximum espaces compris)
  • Titre et résumé de la proposition (1500 signes espaces compris)

Les propositions doivent être adressées simultanément sous fichier word et rtf à :Dominique Memmi (dominique.memmi@csu.cnrs.fr), Gilles Raveneau (gilles.raveneau@mae.u-paris10.fr), et Emmanuel Taïeb (emmanuel.taieb@iep-grenoble.fr) au plus tard pour le 7 janvier 2011.

Les propositions seront sélectionnées en fonction de leur qualité scientifique et de l’originalité du matériau empirique mobilisé. Les réponses aux propositions que nous auront reçues seront envoyées à la mi février 2011. Les résumés (1500 signes) des propositions acceptées figureront dans le volume édité pour le congrès.

Nous vous remercions de bien vouloir :
1- indiquer en objet de votre message : AFS-RT17 proposition congrès
2- nommer votre fichier de la façon suivante : nom-congrès AFS 2011.doc

Pour toute question ou problème, Emmanuel Taïeb se met aimablement à votre disposition : (Emmanuel Taïeb <emmanuel.taieb@iep-grenoble.fr>).

Attention : Le Congrès se tiendra du 5 au 8 juillet 2011 à Grenoble. La participation au Congrès est payante, et les frais de déplacement et d’hébergement sont à la charge de l’intervenant, mais une prise en charge financière est prévue pour les étudiants et chômeurs sur demande auprès des organisateurs du congrès.