Responsable(s) :
Michel Bozon et Alain Giami
Descriptif :
Bureau :
Contact :
Michel Bozon,
Alain Giami et
Valérie Berthail
Site internet :
Appel à communication pour le congrès de l'AFS - Paris 2009:
Les savoirs de la sexualité, perspectives comparatives : sens commun, savoirs professionnels et médicalisation
La sociologie des représentations et des savoirs de la sexualité joue un rôle éminent dans les recherches en sciences sociales sur la sexualité, qui ne peuvent en aucun cas se limiter à une sociographie des comportements. Une raison en est que comme pour l'ensemble des situations du monde social, mais peut-être plus encore en raison de son inscription au carrefour du monde social et du monde privé, dans les sphères de l’intime et de la subjectivité, la sexualité est d’abord appréhendée à partir de représentations, de constructions sociales et culturelles et de l'ensemble des formes que prend le sens commun. Les chercheurs ne sont pas exempts de ces représentations, qui fonctionnent alors comme des "préconstructions", et ils/elles doivent d’abord analyser, travailler et élucider celles-ci avant même de tenter d'objectiver leurs approches.
La référence à la naturalité des conduites et des comportements humains constitue la principale dimension du sens commun qui contribue à la construction sociale de la sexualité. L'attribution de naturalité aux conduites sexuelles trouve l'une de ses principales formes d'expression contemporaines dans la médicalisation de la sexualité qui, sous des formes diverses, a construit durablement la sexualité comme "problème" à traiter.
Le thème de la médicalisation est étudié par les sociologues et les historiens comme un processus qui se serait développé depuis le XVIII° siècle sous la forme de l'imposition de la modernité face aux archaïsmes des sociétés traditionnelles et comme "le fait de définir un problème en termes médicaux, d'utiliser un langage médical pour le décrire, d'adopter un cadre de pensée médical pour le comprendre, et d'utiliser des formes d'intervention médicales pour le "traiter". (Conrad, 1992)*" . D'autres auteurs comme Foucault (1976) ou Lanteri Laura (1979) ont développé l'analyse de ces processus dans des perspectives différentes.
Nous souhaitons recevoir des propositions de communications
- sur les savoirs de la sexualité et leurs effets sociaux,
- -des présentations de travaux empiriques, qualitatifs ou quantitatifs sur les comportements sexuels mettant en évidence la manière dont ils ont su s’affronter à certaines représentations sociales et disciplinaires
- des travaux sur les professions de santé.
Peuvent aussi être proposés des travaux comparatifs entre sociétés, mettant en évidence les constructions culturelles de la sexualité, ou des recherches prenant pour objet l'histoire de savoirs ou de disciplines traitant de la sexualité.
Les sessions seront déclinées à partir des thèmes suivants :
1 : Médicalisation de la sexualité (Session commune entre les RT 19 et 28)
Cette session commune se propose de revisiter les théories sociologiques de la médicalisation pour les appliquer à la sexualité. On pourra ainsi interroger les conséquences de la médicalisation sur la production des savoirs, les pratiques professionnelles et les expériences subjectives de la sexualité. Ces analyses pourront prendre pour objet la question des médicaments sexo-actifs, les effets secondaires des psychotropes sur la sexualité, le domaine de la santé publique et de la prévention, les prises en charge médicales des troubles sexuels, les rôles joués par les différents groupes professionnels pour façonner et prendre en charge les problèmes liés à la sexualité et à la procréation. De façon globale, on pourra aussi s'interroger sur la place de la santé et de la médecine comme dimensions centrales de la production de nouvelles formes de normativité en matière de comportements sexuels.
2 : Professions de santé et la sexualité
Cette session vise à l'analyse de la place de la sexualité dans l'activité des professions de santé : médecins, psychologues, sexologues, infirmières, travailleurs sociaux, etc.. dans les "traitements" de la sexualité. La "sexualité" est à entendre au sens large du terme en y incluant les questions liées à la contraception, l'IVG, les traitements des auteurs de crimes et délits sexuels, la prévention des maladies sexuellement transmissibles et les troubles sexuels. De façon plus générale, la sexualité fait partie des sujets qui "mettent mal à l'aise" ou pour lesquels les professionnels n'ont pas reçu de formation. Enfin la question du genre (le genre du professionnel / le genre du client-patient) qui exerce une influence sur ces pratiques devra être abordée de façon centrale.
3 : Analyses comparatives, recherches historiques
Les savoirs et les manifestations de la sexualité ne sont ni atemporels ni universels. Cette session vise à accueillir des travaux qui comparent des contextes culturels et sociaux de la sexualité et les savoirs, représentations, normes et comportements qui leur sont associés ; mais aussi des travaux sur l’évolution des comportements et sur la construction historique des savoirs. L’objectif est de mettre ainsi en évidence un certain nombre des facteurs des représentations et constructions sociales et culturelles, pour situer et déconstruire le sens commun en matière de sexualité. Des questions de méthode pourront être abordées. Comment peut-on comparer ? Que peut-on comparer ? Ne met-on jamais en évidence d’éléments universels ?
*Ph. Conrad, Medicalization and social control. Annual Review of Sociology,1992, 18, 209-232.
|