RT 40 Sociologie des institutions


Responsable(s) : Corinne Rostaing, Denis Laforgue

Descriptif : L’intention de ce RT est d’expliciter, de relancer et d’animer une réflexion autour des institutions en interrogeant leurs contours, leurs transformations et leurs enjeux. En confrontant des travaux souvent isolés et délimités, le réseau « sociologie des institutions » souhaite réinscrire au cœur de la sociologie les vertus heuristiques d’une telle entrée analytique.

Bureau : Morad Amrouche, Yves Bonny, Lise Demailly, Frédérique Giuliani, Denis Laforgue, Emmanuel Langlois, Bruno Milly, Jean-Paul Payet, Corinne Rostaing, Caroline Touraut

Contact : Corinne Rostaing, Denis Laforgue

Site internet :


Appel à communications

4ème Congrès de l’A.F.S.

« Création et Innovation »

Grenoble, 5-8 juillet 2011

Le Réseau Thématique 40 (rt 40) de l’A.F.S. se propose de contribuer à une sociologie des institutions entendues comme des mondes sociaux particuliers investis d’une mission orientée vers le bien public ou d’une mission régalienne, disposant d’une forte assise organisationnelle et participant d’une œuvre socialisatrice et d’une emprise sur l’individu suffisamment fortes. A ce titre, ces institutions sont à la fois parcourues, traversées et productrices de processus d’innovation et de création que le Rt 40 se propose d’analyser au cours de ce Congrès.

Autour de la thématique de ce 4ème Congrès de l’AFS, le rt 40 attend des communications portant sur des institutions relevant de différents champs d’intervention publique (école, santé, travail social, prison, justice, développement durable, etc.), mais aussi dont le positionnement et l’ancienneté dans le champ de l’action publique est très variable (par exemple des institutions historiques comme l’Ecole ou la Prison versus des institutions ad hoc, créées récemment sur le modèle des Agences par exemple). Les sessions du rt 40 seront alors l’occasion de confronter des communications ayant pour objet telle ou telle institution et les échanges auront pour ambition de mettre au jour éventuellement des tendances (propres à un type ou à plusieurs types d’institutions), mais aussi de mettre en exergue la pluralité, l’ambivalence du mouvement des institutions contemporaines.

Comment analyser les processus d’innovation et de création qui affectent, animent, traversent et parfois transforment les institutions contemporaines ? Plusieurs axes pourront guider les communications afin de traiter cette question :

1° Qu’est-ce qu’une innovation / création institutionnelle ?

Lorsqu’on enquête sur des institutions, que peut-on décrire comme des processus d’innovation ou de création institutionnelle, que ces processus portent sur les catégories de pensée et les modes de faire des acteurs institutionnels, sur leurs relations professionnelles, leurs rapports avec les populations ou la sphère politique ou encore sur leur pouvoir d’instituer ? Comment peut-on analyser l’innovation / la création institutionnelle à différents niveaux (en tenant compte des éventuelles interactions entre ces niveaux) :

- celui de la situation : comment, dans leur quotidien de travail, pour avoir prise sur des problèmes pratiques, les membres d’une institution mobilisent-ils une intelligence créatrice et pour quels effets (cf. par exemple Strauss, 1992) ?

- celui du contexte : à quelles conditions peut-on dire qu’une innovation se stabilise au sein d’une institution - ou dans un segment de cette institution ? Au regard de quel état antérieur - supposé stable - de la dite institution et à travers quelles interactions avec le dit-état institutionnel antérieur (Lourau, 1970) ?

- celui de l’histoire de l’institution : qu’apporte une approche socio-historique des institutions (Elias, 1994) pour mieux appréhender différents types de création et d’innovation institutionnelles (permanence dans le temps, impact sur le « noyau dur » de l’institution, i.e. son programme institutionnel…) ;

- celui de la société dans son ensemble : peut-on sur des bases empiriques suffisamment solides déceler un (ou plusieurs) mouvement(s) sur la longue durée des institutions modernes – comme l’a proposé à son époque M. Foucault (1975)? Comment peut-on documenter ou critiquer aujourd’hui la thèse du retrait des institutions ou celle de leur recomposition - et dans ce cas, sous quelles formes (Demailly, 2008)… ?

2° Acteurs et processus de l’innovation et de la création institutionnelles

Quels sont les acteurs impliqués dans de tels processus d’innovation et de création institutionnelles ? Quels sont par exemple les rôles respectifs dans le devenir d’une innovation / d’une création :

- des instances politiques et hiérarchiques, qui diffusent par exemple de nouveaux modes d’organisation (New Public Management, partenariat, concurrence, règles de gestion et d’évaluation….) à l’attention des agents de base de l’institution ;- des professionnels de l’institution considérée (émergence de nouvelles professions, fragilisation de professions instituées…) ;

- des populations ciblées ou affectées par l’action institutionnelle : comment par leurs postures critiques, de résistance mais aussi de défection contribuent-elles aux processus d’innovation et de création qui affectent les institutions ?

L’enjeu est donc ici d’analyser la « vie des institutions » comme une (re-)production (individuelle et collective) permanente, continue, contingente et parfois chaotique. Ainsi, comment se fait-il que ces dernières (à travers l’expérience et les pratiques d’une multitude d’acteurs) ne changent pas ou peu (malgré les injonctions au changement) ? Ou au contraire comment se reconfigurent-elles, se transforment-elles (rarement sous la forme attendue mais plutôt à travers des processus d’innovation contingents…) ?

Enfin comment, éventuellement, déclinent-elles - et meurent-elles ? - mais aussi naissent-elles, en tant qu’ « entreprise collective » pour parler comme E. Hughes (1996) ?

3° La portée des innovations institutionnelles

Les membres des institutions ont historiquement la prétention de créer du social, i.e. d’instituer, de faire exister du social, que ce soit en éduquant et en instruisant les enfants, en contribuant à la bonne santé des populations, en régulant les violences sociales et en maintenant l’ordre, en favorisant l’autonomie des individus, en préservant la cohésion sociale, etc… Mais quelle peut être la portée de processus d’innovation (Alter, 2000) sur cette fonction qui est assignée et que se donnent les institutions ?
Tout d’abord, jusqu’à quel point un certain nombre de dispositifs, considérés par les institutions comme des innovations, ont-ils en fait avant tout une fonction d’auto-légitimation de l’institution étudiée et de ses membres et ne changent pas fondamentalement ce que l’institution fait concrètement aux individus, aux populations, à des groupes sociaux ? Dès lors comment rendre compte de ce « décalage » entre le « dire » et le « faire » institutionnels : comment est-il géré tant par les professionnels que par les usagers, comment finit-il par être constitutif de l’institution ?

Ensuite, comment certains processus d’innovation institutionnelle se confrontent-ils à la robustesse des formes « anciennes » du « pouvoir d’instituer » des institutions- bien analysées par des travaux désormais classiques (Bourdieu, 1989) ? A quelles conditions, un processus d’innovation peut-il renouveler ces mécanismes traditionnels, les hybrider avec des formes innovantes du pouvoir d’instituer des institutions, voire contribuer à leur dépérissement (Dubet, 2002)? Dans ce cas comment s’opèrent ces changements relatifs aux manières institutionnelles d’instituer du social: assiste-t-on à des mécanismes de glissement ou cela passe-t-il par des phases de crise institutionnelle ?

Enfin, quelle est la place des individus, des collectifs externes à l’institution, de divers autres mondes sociaux dans ces processus d’innovation institutionnelle qui contribuent à renouveler ce que « les institutions font à la société » : en quoi et jusqu’à quel point la création de social par les institutions est-elle une co-construction  (Payet et al., 2008)?

Les lignes directrices du réseau restent :

- de confronter des travaux sur des terrains différents, mais touchant à la question transversale des institutions ; dans cette perspective, nous invitons, celles et ceux qui le voudraient, à ne pas concentrer leur proposition autour d’une présentation purement monographique de leurs travaux ; nous invitons aussi celles et ceux qui le voudraient à faire des propositions collectives confrontant des interrogations sur les objets présentés ci-dessus ;

- de confronter des enquêtes cherchant à rendre compte des caractéristiques des institutions contemporaines et des travaux incluant une perspective historique à même de saisir les transformations des institutions publiques.- de contribuer à (ré-)élaborer théoriquement le concept d’institution et de préciser son usage et son intérêt pour la sociologie contemporaine.

- de confronter des doctorants, des chercheurs plus confirmés et des spécialistes de la question.

Vos propositions de communication (3500 signes maximum espaces compris) sont attendues pour le LUNDI 3 JANVIER 2011 et à envoyer aux responsables du réseau : Denis Laforgue, Corinne Rostaing.
Elles seront examinées par les membres du bureau qui vous avertiront le plus vite possible de la suite donnée à vos propositions, de l’élaboration du programme, de l’organisation des sessions.



Ouvrages cités :
Alter N., 2000, L’innovation ordinaire, Paris, PUF

Bourdieu P., 1989, La noblesse d’Etat, Paris, Minuit

Demailly L., 2008, Politiques de la relation, Lille, Presses du Septentrion

Dubet F. 2002, Le déclin de l’institution, Paris, Seuil

Elias N., 1994, La dynamique de l’Occident, Paris, Calmann-Lévy

Foucault M., 1975, Surveiller et punir, Paris, Gallimard

Hughes E., 1996, Le regard sociologique, Paris, EHESS

Lourau R., 1970, L’analyse institutionnelle, Paris, Minuit

Payet J.-P., Giuliani F., Laforgue D., 2008, La voix des acteurs faibles, Paris, PUR

Strauss A., 1992, La trame de la négociation, Paris, L’Harmattan

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