GT 41 Corps, technique et société


Responsable(s) : Valérie Souffron (Cetcopra, SGSS), Caroline Moricot (Cetcopra, SGSS)

Descriptif : Notre groupe de travail s’est constitué progressivement et dans un premier temps autour de questions concernant le rapport entre les corps, les techniques contemporaines et la société moderne.
Le croisement des interrogations sur les corps avec celles sur les techniques (envisagé dans un rapport non hiérarchisé) rassemble les chercheurs de notre groupe qui travaillent, dans cet entre-deux problématique, des pistes originales et nouvelles pour penser la société de la modernité. Ainsi automation, nanotechnologies, biométrie, soins palliatifs, crémation, jeux en réseau, monnaie immatérielle sont autant de terrains sur lesquels nous menons des investigations et qui posent quelques questions transversales que nous voudrions creuser ensemble dans le cadre d’un Groupe de Travail reconnu par l’Association Française de Sociologie.
Il nous semble d’autant plus important d’établir un tel réseau de recherche que très peu de travaux portent actuellement sur les croisements et les intrications entre les corps et les technologies contemporaines.
Il s’agit d’une question ancienne que Marcel Mauss a abordée en identifiant le corps comme lieu « physique » - dans son épaisseur et dans sa chair - dans lequel une société inscrit et transmet ses valeurs. Mais c’est à la suite de George Balandier que notre approche vise à dépasser l’archéologie inscrite dans les corps pour prendre en compte les sociétés en devenir, leurs dynamiques et leurs changements, en explorant les nouveaux mondes socio-techniques qui informent les corps contemporaines. Les corps se constituent alors en lieux autant physiques que symboliques dans lesquels la société inscrit ses conceptions de l’humain et de ce qui fait l’humain. Ce constat nous permet de nous positionner par rapport à une grande thèse de l’anthropologie scientifique, celle de Leroi-Gourhan par exemple, qui décrit le devenir humain comme un processus d’extériorisation des fonctions biologiques dans les techniques, et celle, philosophique, d’Hannah Arendt. L’homme s’est humanisé en fabriquant des outils détachés de son corps. L’amovibilité technique serait une formule biologique originale inventée par un vivant particulier pour résoudre le problème de l’adaptation. L’objectivation, l’extériorisation technique, serait donc une condition essentielle du processus de l’hominisation. Hannah Arendt insiste elle aussi sur le fait que l’objectivité technique est une modalité de base de la condition humaine. L’existence humaine prend son sens et ne peut s’établir que dans un monde artificiel d’objets durables – des œuvres – qui s’oppose au pouvoir d’érosion de la nature.
Les nouveaux dispositifs techniques viennent questionner autrement cette thèse puisque désormais les objets ne sont plus nécessairement détachés du corps mais peuvent lui être annexés ou être placés dans une proximité qui remet en question la frontière externe/interne. Les exemples de la biométrie ou des nanotechnologies appliquées à la médecine ou à la communication évoquent une sorte de désobjectivation technique avec incorporation de la technique dans le corps. Cependant ces discours d’accompagnement doivent là encore être confrontés à la tradition anthropologique et philosophique et soulèvent notamment la question de savoir si ces nouveaux « objets » peuvent constituer un monde au sens de Hannah Arendt, à l’intérieur duquel une existence humaine (bios) pourra se manifester. Ces nouveaux « objets » n’existent pas encore et rien ne permet d’affirmer avec certitude qu’ils existeront et que nous assisterons à cette régression anthropologique. Notre constat actuel est que le corps reste, malgré tout, central et pas assez pris en compte par la sociologie des techniques dans sa spécificité charnelle autant que cognitive. Il est un lieu de « résistance », qui trouve sa place même dans les processus les plus poussés d’automation (du cockpit des avions de combat, par exemple), mais il est aussi traversé continuellement par des instances de pouvoir et de normativité, des stratégies de façonnement et d’adaptation qui tentent de le définir, de le mettre à distance, d’en neutraliser la présence (y compris la présence du corps mort).
Ainsi les perspectives anthropologique et philosophique rejoignent elle celle de la sociologie : le corps ne peut se penser ni comme totalement social, ni comme totalement individuel. Il est sans cesse pris dans une dynamique sociale de façonnement réciproque qui se fait constamment avec et à travers les systèmes et les objets techniques qui constituent notre dimension d’existence.
A partir de ce questionnement commun, nous avons dressé un panorama de cinq perspectives, ou axes, que nous avons ouverts à la recherche :
1. Objectivation : continuité/discontinuité dans certains mondes techniciens
2. Production des savoirs et des connaissances
3. Dynamiques du social
4. Matérialité et rapport à la matière
5. Discours moral et politique sur l’intégrité du corps
Nous envisageons nos travaux dans une perspective ouverte, notamment vers d’autres Réseaux thématiques.

Bureau :

Contact : Valérie Souffron (Cetcopra, SGSS), Caroline Moricot (Cetcopra, SGSS)

Site internet :


Appel à communication pour le congrès de l'AFS - Paris 2009:
« Corps et techniques : quelles frontières et quelles limites ? »

Cet appel à communication s’adresse à toutes les contributions qui aborderaient de manière transversale la relation étroite et problématique qui lie les corps et les techniques. Nous traiterons pour ce colloque de la question des frontières et des limites — dans la continuité du séminaire de l’année 2007-2008 du GT 41— à partir de terrains de recherches, mais aussi d’approches plus théoriques. Où se situent désormais les frontières entre le corps et les techniques ? Que sera le corps de demain?

Nous proposons les axes de réflexion suivants (le 1er de ces axes reprend plus particulièrement le thème général du colloque de l’AFS) :

- Violences faites aux corps : de la guerre aux manipulations de cellules; des modelages et sculptures du corps aux techniques médicales et à leur caractère plus ou moins invasif, peut-on saisir une frontière de l’acceptable et de l’inacceptable ? Qu’est-ce que la violence dans le registre du corps? Quel usage politique peut-il être fait de la technique/des techniques du corps ?

- Corps et techniques au travail : représentations, perceptions du corps au travail : qu’est-ce que la pénibilité et comment la technique peut-elle l’engendrer, la soulager, en créer de nouvelles formes ? Quels types de médiations nouvelles se mettent en place dans les coopérations hommes-machines ?

- Corps modelés, corps remodelés : Sport, alimentation, chirurgie, mais aussi esthétique du corps, le corps « alter-égo » est sans cesse travaillé. Quels usages ou quels détournements des techniques peut-on repérer ?

- Perfectibilité, performances : du dopage aux utopies des transhumanistes, comment « améliore »-t-on un corps, et pour quel projet de société ? Où se situe la frontière entre naturel et artificiel ?

- Limites sensorielles : comment les techniques servent-elle ou créent-elles de la distance au corps ? Cadavres, substances, altérité : comment les techniques repoussent-elles ou consolident-elles les frontières de l’effroi ou du dégoût ?