GT 42 Sociologie des élites

Responsable(s) : Sylvain Laurens, Frédéric Lebaron,

Descriptif :

Nous souhaiterions impulser au sein de l’AFS la création d’un nouveau groupe de travail thématique autour de la "Sociologie des élites". Une telle thématique nous semble, en effet, pouvoir compléter utilement la palette des thématiques déjà proposées par l’association. C’est en partant du constat que plusieurs de nos recherches portaient sur des acteurs communs mais que nous ne saisissions que sous un des aspects de leur activité sociale qu’est né ce projet. La création de ce nouveau RT permettrait notamment de fédérer plusieurs groupes de recherches qui travaillent actuellement sur les différentes formes d'élites économiques, administratives, politiques en dehors de l’AFS et de façon dispersée. Nous souhaiterions faire plus précisément de ce nouveau réseau thématique un lieu de discussion autour des méthodes d'enquête prosopographiques (mise en commun des bases de données existantes, construction de questionnaires communs permettant des comparaisons entre différentes formes d’élites…) et plus largement des méthodes d'enquêtes auprès des "dominants".

Ce nouveau RT pourrait être également l'occasion pour nous de recenser plus systématiquement et de faire dialoguer entre eux des travaux menés dans des espaces de discussions scientifiques parfois séparés (sociologie de l'Etat, sociologie économique, sociologie des « entresois » résidentiels, sociologie de la bourgeoisie, anthropologie de la transmission patrimoniale...) et d'interroger une division du travail scientifique qui nous incite parfois à découper la réalité sociale en autant de secteurs distincts sans que nous soyons toujours en mesure de resituer dans leur cohérence la réalité des formes d'organisation des groupes sociaux et des acteurs que nous étudions (plus ou moins intégrés, plus ou moins "multi-positionnés"). Ce RT pourrait d'ici peu de temps devenir aussi le lieu à partir duquel se lancent des projets de colloque ou de publications sur ce thème.

Bureau : Sylvain Laurens, Frédéric Lebaron, François-Xavier Dudouet, Marie Hrabanski et Aisling Healy

Contact : Sylvain Laurens, Frédéric Lebaron

Site internet : http://socioelites.blogspot.com/



Les élites économiques en France et en Europe
Journées d’étude conjointes DRM-IRISSO


Université Paris-Dauphine

Jeudi 4 & Vendredi 5 novembre 2010


Partenaires

Institut universitaire de France

Réseau thématique « Elites » (AFS)

Laboratoires DRM et IRISSO, Université Paris-Dauphine


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Réseau Thématique « Sociologie des élites »
Appel à communications
Congrès de l’AFS  – « Création(s) et innovation(s) »
Grenoble - Juillet 2011

 

Les manuels classiques de sociologie le rappellent à tout-e sociologue débutant-e : entre « fascination pour l’objet » et « dénonciation tous azimut », la sociologie de la bourgeoisie ou des classes dominantes court souvent le risque de passer « à côté » de son objet. Entre « effet d’imposition » et « violence symbolique », le risque est sans doute redoublé lorsqu’il s’agit d’analyser le rapport « des élites » (une notion qui peut inviter à naturaliser les positions sociales dominantes) à « la création et l’innovation » (deux termes qui évoquent « le changement » mais que peuvent mobiliser régulièrement les acteurs sociaux pour légitimer leurs positions et leurs intérêts immédiats pourtant constants).
Afin de contourner ce double piège épistémologique, le choix a été fait de décliner notre appel à communications en trois axes. Dans le premier axe, nous invitons les participants à prendre les discours sur la création et l’innovation pour objet. Dans les deux derniers axes, nous invitons les participants à considérer les termes « d’innovation » et de « création » comme des synonymes de « transformations » ou de « changements objectifs » observables par le sociologue.

Axe 1 : « Innovation », « éthique », « environnement », « économie sociale »… : les nouvelles formes de légitimation de l’entreprenariat

Cette première table-ronde sera consacrée aux formes contemporaines de légitimation de l’entreprenariat et du patronat. La mise à l’honneur de la thématique de l’innovation et de la création sera ici l’occasion de s’inspirer des travaux de Boltanski, Chiapello et Thévenot sur les nouvelles formes de légitimation des activités économiques et « Le nouvel esprit du capitalisme » en s’interrogeant sur les formes contemporaines de justification et de promotion de l’entreprise.
Cela permettra de revenir sur l’effacement des terminologies anciennes au profit de nouvelles : disparition du patron au profit de l’entrepreneur, promotion dans les manuels de management de « l’acteur en réseau » susceptible de mener à bien « des projets », valorisation de « la mobilité », « des compétences » du travailleur…
Si l’analyse de corpus de textes est bien sûr une méthode pertinente afin de rendre compte de cette actualisation permanente du vocabulaire entrepreneurial, la priorité sera surtout donnée aux propositions de communication montrant comment ces formes de légitimation s’incarnent également et avant tout dans des dispositifs concrets : produits financiers supposés « éthiques », prix promouvant les entreprises « vertes », salons de « l’auto-entrepreneur », manuels mettant en valeur « l’économie sociale et solidaire », sociologues du travail ou des organisations promouvant « le management par les compétences », cabinets de conseil en « négociation sociale »…
On l’aura compris plus que les simples discours ou formes rhétoriques, ce sont bien les institutions et les acteurs promouvant un « nouvel esprit d’entreprise » qui seront ici pris pour objet d’analyse et de discussion.

Axe 2 : La formation et la reproduction des élites entre innovations et changements

Longtemps la formation des élites en France a été étroitement associée au système des grandes écoles et, partant, à l’Etat qui en était le principal ordonnateur et bénéficiaire. Ainsi, l’étude de la formation des élites pouvait facilement tendre à une sociologie de l’Etat, notamment de ses administrations centrales.
Différents processus semblent cependant remettre en cause ce modèle ces dernières années. Tout d’abord, le service de l’Etat apparaît de moins en moins recherché, moins longtemps du moins, par les nouveaux membres des grands corps qui pantouflent de plus en plus tôt et de façon de plus en plus définitive. Ensuite, on observe un fort phénomène d’autonomisation des grandes Ecoles vis-à-vis des grands corps : remise en cause du principe de la « botte », concours de sortie, évolution des enseignements sans concertation avec les ministères de tutelle, focalisation des partenariats sur les universités américaines… Parallèlement à celà, les grandes écoles de commerce qui occupaient une position relativement marginale dans l’univers des grandes écoles tendent à être de plus en plus reconnues, souvent en association avec une autre grande école comme l’ENA. Enfin, le développement des cursus à l’étranger (notamment dans les universités anglo-saxonnes), la montée en puissance des disciplines de gestion (dans les écoles de commerce comme à l’Université) et l’affaiblissement de certaines formations traditionnelles (telles que les cursus de droit) contribuent à une redistribution des ressources et des positions dans l’univers scolaire.
A quoi correspondent ces tendances ? Assiste-t-on à un renouvellement des élites françaises ou, plutôt, à leur adaptation aux bouleversements du moment : le retrait de l’Etat, l’essor de la finance privée et la mondialisation ?
On pourra alors notamment interroger les spécificités d’une formation opérée par les grandes écoles, au regard des formations d’autres élites nationales, européennes et internationales ou encore locales, notamment dans un contexte de circulations d’une échelle à une autre.
En ce sens, on s’intéressera à la diversité et aux redéfinitions des types de ressources qui contribuent à la production des élites comme les origines sociales, la détention du capital économique et culturel, les parcours et relations à l’étranger, les disciplines scientifiques maîtrisées, les premières expériences professionnelles valorisées, etc.
Enfin on pourra se demander dans quelle mesure les politiques de discriminations positives (quotas de femmes sur les listes électorales et dans les conseils d’administration) viennent ou non troubler les circuits classiques de production des élites.

Axe 3 : Elites et stratification sociale : entre reproduction conforme et nouvelles formes de mobilité sociale
Ce troisième et dernier axe de discussion aura pour objet les nouvelles formes de stratification sociale au sein des groupes dominants, et les processus de mobilité qui les caractérisent, en étendant l’analyse à une perspective « globale » ou internationale.
Il s’agira tout d’abord de se demander dans quelle mesure les modalités « traditionnelles » de reproduction des catégories dominantes (transmission de dispositions familiales et de patrimoine, socialisation dans des univers distinctifs, etc.) sont ou non affectées par les dynamiques socio-économiques en cours : mondialisation de l’économie et en particulier « émergence » de nouvelles élites nationales, crise financière et remise en cause de la domination occidentale, renforcement de la concurrence scolaire nationale et internationale, diffusion de nouveaux biens culturels (notamment du fait de l’innovation technologique) et transformation des styles de vie. La reproduction des positions fondée sur la famille, son patrimoine, ses valeurs, est-elle plus forte que jamais ou, au contraire, diverses nouvelles logiques sont-elles susceptibles d’en atténuer la centralité ?
On se demandera également dans quelle mesure l’accès aux positions dominantes, en France et dans d’autres pays, s’est « refermé », ou au contraire « ouvert », durant la dernière période, en spécifiant les éventuelles différences intersectorielles : observe-t-on, par exemple, une fermeture de l’accès des catégories populaires aux positions politiques dirigeantes, un resserrement de la base de recrutement des grandes écoles (et lesquelles ?), l’apparition et l’affirmation dans l’univers économique de nouvelles élites salariées « méritocratiques » à très hauts revenus (traders, sportifs de haut niveau, artistes grand-public, etc.) ? Quels sont les secteurs les plus « ouverts » et, à l’opposé, les plus « fermés » à l’accès de « nouveaux entrants » ?
Des analyses quantitatives portant sur l’évolution des inégalités de revenus, de patrimoine, mais aussi sur celle des différenciations sociales en matière de consommation et de style de vie au sein des groupes dominants permettront de dégager les grandes tendances caractéristiques des relations entre les différentes fractions ou secteurs : montée en puissance des élites de la finance depuis les années 1980, déclin relatif de la haute fonction publique, du monde universitaire et intellectuel, transformation des « valeurs sociales » au profit des élites économiques et managériales. Elles permettront aussi de discuter de la réalité des différenciations internes croissantes au sein de chaque secteur, de leur nature et de leurs causes : effet des politiques de concurrence, des nouvelles formes de rémunération et de gestion des carrières, etc.
Une attention enfin pourra être portée aux enjeux méthodologiques de ces différentes questions. Comment mesurer la mobilité et les inégalités au sein de groupes en apparence parfois homogènes ? Comment rendre compte de l’apparition de nouveaux clivages et « barrières » internes ? Comment décrire et mesurer les ressources inégales sur lesquelles peuvent s’appuyer les différents groupes sociaux ?

Les propositions de communication peuvent être envoyées à  Sylvain Laurens qui se charge de centraliser les propositions pour le bureau du RT sociologie des élites (sylvainlaurens@free.fr)