RT9 Sociologie de l'urbain et des territoires


Responsable(s) : Marco Oberti

Descriptif : Les Objectifs : - Donner une plus grande visibilité au champ dans le respect de sa diversité théorique, thématique et méthodologique, non seulement dans le milieu académique mais aussi dans d'autres sphères professionnelles, avec un souci d'ouverture au niveau international. - Contribuer à établir un état des lieux des modes de construction des objets et des façons de se référer à " l'urbain ". - Etre un relais pour les sollicitations et les collaborations, entre autres sur le plan international - Nourrir le débat scientifique dans la transversalité avec d'autres RTF. - Constituer un lieu d'échanges stimulant pour les doctorants et les post-doctorants.

Bureau : Ali Aït Abdelmalek, Jean-Yves Authier, Catherine Bidou, Claire Brossaud, Yankel Fijalkow, Michel Kokoreff, Marco Oberti, Marie Zartarian

Contact : Marco Oberti

Site internet : http://sociologie.celeonet.fr/sociologie_urbain/


Appel à communication pour le congrès de l'AFS - Paris 2009:

Violences des villes, entre visible et invisible

Les violences, sous leurs formes les plus visibles et les plus médiatiques, sont communément associées à l’univers urbain. Mais l’on ne distingue pas toujours les facteurs sociaux des facteurs plus urbains qui renvoient à son organisation et ses dimensions sociales, économiques, culturelles, politiques, mais aussi spatiales et temporelles. Les questions d’insécurité, d’émeutes, de relégation, de confrontations récurrentes et souvent violentes des jeunes avec la police, sont ainsi regroupées sous le même vocable de « violences urbaines », et nous renvoient largement aux espaces et aux populations reléguées. Déconstruire cette catégorie - davantage policière que sociologique – constitue donc un préalable, sans pour autant dénier la « réalité sociale » de ces phénomènes. Comment démêler les dimensions urbaines et sociales des violences dans la ville, tout en ne laissant pas dans l’ombre des évolutions sociales moins visibles en apparence, mais ayant des effets profonds sur les relations entre les différents groupes sociaux ? Comment analyser et comparer ces phénomènes dans le temps et dans des villes si contrastées dans leur niveau de développement et dans la nature et l’intensité des violences sur les personnes, tant en France que dans d’autres pays occidentaux ou émergeants ? Les violences se concentrent-elles dans des espaces et des villes spécifiques ? Comment les villes et leurs habitants réagissent-ils ? Sans accréditer des thèses entachées de spatialisme, la morphologie urbaine et l’habitat produisent-ils des « violences » sur les habitants des villes ? Le thème « ville et violence » ayant déjà fait l’objet de travaux importants dans les décennies précédentes, que tirer d’une confrontation avec ces travaux plus anciens ?

Des enjeux prennent corps également autour des façons de désigner ces phénomènes. « Emeutes », « violences urbaines », « incivilités », « délinquance » sont autant d’expressions proches dans l’imaginaire collectif, mais qui recouvrent des objets différents. Désignent-elles des actes commis individuellement ? collectivement ? contre des personnes, des biens, des institutions, des symboles ? dans les centres des villes, à leurs marges, dans leurs interstices ? Désignent-elles des violences physiques, morales, sociales ? Quelles références implicites à un état normal des rapports sociaux impliquent ces désignations ? Quels sont alors les effets de l’usage de ces catégories sur les représentations collectives ?

Pour apporter des éléments de réponse à ces questions, nous proposons d’orienter les communications vers les trois thématiques suivantes :

1) Les violences liées à l’habitat.
En effet, à travers la politique du logement, les politiques urbaines se sont construites en développant un système de normes et de qualification/déqualification de l'habitat et de rapport à l'espace. Il en a résulté un processus rapide et violent de destruction de certains quartiers, le relogement des catégories populaires, la transformation des rôles domestiques, et l’invisibilisation de certains groupes sociaux. Les opérations de renouvellement urbain, le rachat d'immeubles entiers, le traitement du nomadisme résidentiel et de l'habitat dit « indigne » participent-ils du même modèle, en constituent-ils un invariant ? Quels en sont alors les normes et les référentiels ? Observe t-on des résistances à ces processus ? Des compromis résidentiels, voire des modes de régulation urbaine, sont-ils observables ? De quels groupes sociaux émanent-ils ? Les différentes formes de standardisation, privatisation, surveillance et isolement défensif de quartiers aisés ou d’espaces spécifiques pourront être considérées sous le double rapport, paradoxal, qu'elles entretiennent à la violence dans la ville. Conçues comme une protection contre une altérité sociale (ethnique ou religieuse) perçue comme dangereuse, ou simplement pour préserver un entre-soi, ces formes exercent elles-mêmes une violence qui leur est propre, et qui contribue au morcellement du tissu urbain et au renforcement de la ségrégation. Il s'agit donc d'en analyser les ressorts auprès des différents usagers et habitants, ainsi que leur mise en place par les professionnels producteurs de la ville (des promoteurs aux élus).

2) Les réponses apportées par les différents acteurs aux questions d’insécurité. Depuis l’inscription de l’insécurité urbaine sur l’agenda politique, au début des années 1980, les réponses apportées à cette question ne se présentent pas seulement (bien qu’aussi) comme l’affaire exclusive de la police et de la justice. A côté des formes régaliennes de l’Etat sont apparus de nouveaux acteurs (polices municipales, sociétés privées de sécurité, …), des innovations technologiques (sécurisation des bâtiments, vidéosurveillance, …) et des modalités inédites d’action (la « coproduction de la sécurité »). Comment caractériser cet ensemble et leurs logiques d’action ? Si les réflexions sur l’Etat sécuritaire face aux manifestations de violence provoquées par l’exclusion sociale ne manquent pas ; en revanche, hormis des évaluations de complaisance, les travaux sur le travail de la police et de la justice au quotidien, de même que les recherches sur le fonctionnement des polices municipales et des dispositifs intégrés à la « Politique de la Ville » sont rares. Même constat à propos de l’usage de la sécurité privée et des technologies inspirées par la prévention situationnelle. Ces politiques de « coproduction de la sécurité » peuvent autant rendre invisible la violence de l’Etat que pallier ses carences et les défaillances du contrôle social informel, ou stimuler leur recomposition. Ne serait-il pas alors pertinent de tester la distinction méthodologique entre les politiques qui relèvent du « traitement des lieux » de celles qui visent « l’action avec les gens » ? En utilisant cette distinction, des enquêtes de terrain sont doute nécessaires pour tenter de dépasser la partition sommaire entre les mesures répressives, les mesures sociales préventives et les mesures dissuasives de sécurisation du cadre bâti.
3) Les violences collectives liées à des questions culturelles ou sociales.
Sans sous-estimer ni surestimer les phénomènes en jeu, une approche comparative mêlant les disciplines et les regards permettrait d’avancer dans l’analyse des logiques de violence collective dans différentes aires culturelles et contextes urbains. En effet, la décennie des années 1990 a été marquée à la fois par une période de globalisation intense et une période de violence collective dans des sociétés et des régimes politiques très divers, allant du nettoyage ethnique à la guerre terroriste. Plus récemment, on a assisté presque coup sur coup à des émeutes meurtrières au Tibet, mais aussi à des émeutes de la faim dans de nombreux pays d’Afrique. Dans un contexte de crise économique globalisée, on s’attend à de nouvelles émeutes urbaines des travailleurs pauvres dans les grandes villes. Pourquoi et comment globalisation et violence s’articulent-elles ? Comment comprendre qu’une décennie dominée par la diffusion de l’économie de marché et les règles de bonne gouvernance suscite des formes extrêmes de violence collective ? Faut-il remettre en perspective les émeutes urbaines au regard de ce processus dont les facteurs sont plus structurels que contextuels ? La mondialisation irait-elle de paire avec la décomposition d’actions collectives structurées, conventionnelles, et l’explosion de « révoltes célibataires », sporadiques, non conventionnelles ? Comment les dimensions territoriales propres à l’espace urbain participent-elles de ces dynamiques ? Enfin, voit-on émerger des formes de violences collectives spécifiques aux villes où les organisations criminelles sont bien implantées ?


Appel à proposition pour la session commune
RT 9 « Sociologie de l’urbain et des territoires » et RT 24 « Genre, classe, race. Rapports sociaux et construction de l’altérité » : Villes, violences et genre. Questionner l’invisibilité des violences de la ville

La ville, dans son organisation et ses dimensions sociales, spatiales et temporelles, produit des violences plus ou moins visibles. Les formes, l’intensité et la nature de ces violences varient selon le sexe des personnes visées, ainsi que selon leurs milieux sociaux et leurs origines ethniques. De nombreux travaux se sont intéressés aux violences les plus visibles impliquant surtout comme acteurs, plus que comme victimes, les jeunes hommes (criminalité, délinquance, émeutes, gangs, etc.). L’enquête ENVEFF a pourtant mis en évidence que les jeunes filles étaient plus particulièrement victimes de violences (allant des insultes aux agressions) dans les grandes villes, les violences perpétrées dans les lieux publics étant aussi les plus dénoncées. Nous proposons ici de renverser la perspective pour nous intéresser aux violences plus invisibles produites dans la ville en particulier sur les femmes. En effet, les usages et les temps de la ville sont fortement différenciés selon le genre, et renvoient à des normes implicites ou à un contrôle social genré qui constituent en elles-mêmes des formes de coercition et de violences. Les comportements, les choix vestimentaires, les lieux, les moments, les types de mobilité et d’activité sont autant de dimensions à prendre en compte pour analyser ces différences selon le sexe. Comment s’articulent-elles aux dimensions sociales et ethniques ? Quelles données permettent de rendre compte des manières de pratiquer la ville, et qui conduisent à s’exposer à des violences spécifiques selon le genre ? Comment ces dynamiques rejaillissent-elles sur l’organisation et l’occupation de l’espace public ?

Attention: la date limite d'envoi des propositions de communication a été fixée au 3 octobre 2008.

 

(Version en anglais)

City Violence, between the visible and the invisible

With extensive media-coverage and in its most visible forms, violence is generally linked to an urban environment. However, social factors are not always set apart from more urban factors that reflect its organisation and its different dimensions, i.e. social, economic, cultural, political as well as spatial and temporal. Insecurity, riots, banishment, recurrent and often violent confrontation of youth with the police, these issues are all regrouped under the same heading, “urban violence”. In general, this term evokes populations and sites that have been relegated. This category – which deals more with law enforcement than sociology per se – must be deconstructed prior to any reflection on this issue. However, the “social reality” of these phenomena must not be overlooked in doing so.

How can the urban and social dimensions of city violence be disentangled, without overshadowing the less visible social evolutions that deeply affect the relations between different social groups? How can these phenomena be analysed and compared over time and in cities that are at highly different levels of development and with regard to the nature and intensity of this violence on people, both in France and other Western countries as well as in developing nations? Does violence concentrate itself in specific areas and cities? How do cities and residents react? Without giving undue credit to papers influenced by spatialism, does urban and habitation morphology “assault” a city’s residents? The theme “Cities and Violence” has already been the object of significant studies in the last decades. What can be had from a comparison between these and more recent studies? Stakes are also shaped by the way in which these phenomena are designated. “Riots”, “urban violence”, “incivilities”, and “delinquency” are some of the many expressions within the collective imagination, but which encompass different objects. Do they designate acts committed by individuals? Or groups? Against people, goods, institutions, or symbols? In city-centres, on their outskirts, or in between the two? Do they refer to physical, moral, or social violence? What implicit references to a normal state of social relations do these designations imply? Consequently, how does the use of these categories affect collective representations?

To answer these questions, the following three topics can be used as a basis for debate:

• Violence linked to housing.
• Responses provided by various actors to the issues of insecurity.
• Group violence linked to cultural or social issues.

Note : Les projets de communication, de 3500 caractères maximum, devront s’inscrire dans une démarche sociologique qui implique de préciser outre la problématique, le type d’enquête et de matériaux mobilisés, ainsi que les principaux apports théoriques. Ils devront être envoyés à Marco Oberti (marco.oberti@sciences-po.fr) en prenant le soin d’indiquer dans objet « prop RT9 ».