Journée d’Etude
internationale
«Sport
et immigrations: réalités et représentations »
Le 12
avril 2007
Palais universitaire salle Fustel de Coulanges
Université Marc Bloch, Strasbourg II
Responsable
: William Gasparini, EA 1342, Université Marc Bloch, Strasbourg II
Face à la
fragmentation des communautés nationales constatée dans de nombreux pays
européens, le sport a souvent été présenté et analysé sociologiquement comme un
puissant ciment national ou du moins comme un modèle d’intégration pour des
populations issues des immigrations ou des minorités «éthno-culturelles».
Depuis la fin des années quatre-vingt, le sport, au même titre que la musique,
apparaît comme le plus important vecteur de métissage culturel. Mille fois
entendu dans les médias et les communications politiques, les discours sur l’intégration
des populations immigrées par le sport ou, plus particulièrement, des jeunes
français d’origine maghrébine ou de confession musulmane, nous «parlent»
presque trop facilement, produisant ainsi un «effet de réel» (R. Barthes,
1968). La médiatisation du sport de haut niveau a largement contribué à
construire notre vision de l’intégration des immigrés ou des français issus de
l’immigration. Une nouvelle figure médiatique apparaît dans les années 90: «l’immigré
qui a réussi grâce au sport». Si l’on s’en tient à l’étude des sportifs
vedettes issus de l’immigration, on pourrait en conclure, comme le soulignaient
G. Noiriel et S. Beaud (1990) à propos du football, «à l’efficacité du rôle assimilateur
du sport». L’intégration, qui avait si bien réussi sur le terrain de football,
pouvait par conséquent être parachevée par simple transposition à la société civile,
dans les entreprises, à l’école, et bien sûr dans les banlieues. On peut dès
lors se demander jusqu’où ce métissage culturel en cours est susceptible de
résoudre les difficultés sociales que rencontre l’intégration. Qu’en est-il des
sportifs immigrés anonymes qui ont subi des exclusions et des discriminations
dans l’accès aux loisirs au cours du XXème siècle?
Le système des schèmes cognitifs qui sont au principe de la construction de la
conviction que le sport serait un espace d’intégration des immigrés fonde en
partie le sens commun et constitue un arbitraire historique: tout au long du XXème
siècle, la France (pays d’Europe qui a connu les plus grands mouvements d’immigration)
aurait «naturellement» intégré des sportifs issus de l’immigration (italiens,
arméniens, polonais, algériens, africains, turcs). Pour déconstruire cette
catégorie de pensée, il semble important, dans un premier temps, de prendre
pour objet les schèmes de perception et de jugement ainsi que les théories et
les modèles nationaux qui construisent les catégories permettant de penser le
lien social par le sport et «d’impenser» la discrimination par le sport. En
circulant dans les différents espaces nationaux, ces théories s’imposent d’autant
plus «naturellement» aux élus politiques, journalistes, citoyens et
professionnels de la médiation par le sport qu’elles sont renforcées par des
sondages d’opinion (SOFRES, CSA, Eurobaromètre), des discours du mouvement
sportif et des analyses sociologiques. D’après les résultats d’un sondage
commandité par la Commission européenne en 2004, près de 3 citoyens de l’Union
européenne sur 4 (73%) voient dans le sport un instrument pour favoriser l’intégration
des populations immigrées et 64% des citoyens européens pensent que le sport
permettrait de lutter contre la discrimination. Or, au-delà de ce point de vue
partagé, les dispositifs d’intégration par le sport ne correspondent pas à un
modèle unique, universel et intemporel. Un regard croisé sur les travaux
européens en sciences sociales permet de constater la convergence des questions
posées et la diversité des réponses concernant la manière dont les sociétés
civiles (notamment les mouvements sportifs et associatifs) et les Etats
utilisent le sport pour inclure les immigrés et leurs descendants.
Afin de rompre avec un certain nombre de catégories construites par les
discours médiatiques, politiques et sociaux, nous comptons développer un projet
de recherche collectif visant l’échange scientifique entre chercheurs reconnus
en sciences sociales (tant en France qu’en Europe) ayant travaillé sur la
question à partir d’enquêtes de terrain et de recherches historiques
Intervenants
- Lionel Arnaud (Maître
de conférences, Centre de recherche sur l’action politique en Europe,
CNRS/Université Rennes I/IEP de Rennes)
- Nicolas Bancel (Professeur en STAPS détaché à l’université de Lausanne,
EA en Sciences du sport 1342)
- Diethelm Blecking (Professeur associé, Institut für Sport und
Sportwissenschaft, Albert-Ludwigs-Universitat Freiburg )
- Jean-Pierre Favero (Professeur agrégé d’EPS, Docteur en Histoire
contemporaine, Université de Metz)
- William Gasparini (Maître de conférences HDR, EA en Sciences du sport 1342)
- Yvan Gastaut (Maître de conférences, Laboratoire «Sport Représentations et
Régulations sociales», Université de Nice)
- Petra Giess-Stüber (Professeure, Institut für Sport und Sportwissenschaft,
Albert-Ludwigs-Universitat Freiburg
- Rafaele Poli (Doctorant, Institut de Géographie, Centre d’Etude du Sport,
Université de Neuchâtel)
- Romaine Didierjean, Pierre Weiss (Doctorants, EA en Sciences du sport 1342).
- Jérôme Beauchez (Doctorant, CRESS 1334)
- Manuel Schotte (Docteur en STAPS, Université Paris-Nanterre)
Contact : William.Gasparini@umb.u-strasbg.fr